CPI : l'ex-président philippin Duterte souffre d'une "déficience de mémoire importante" (avocat)

L'ex-président philippin Rodrigo Duterte souffre d'importantes pertes de mémoire, au point d'en oublier parfois le nom de son avocat, argue l'équipe qui prépare sa défense, dans un document diffusé mardi par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.

Agé de 81 ans, l'ancien homme fort de Manille est poursuivi pour crimes contre l'humanité devant la CPI, qui l'accuse d'être impliqué dans au moins 76 meurtres liés à sa soi-disant "guerre contre la drogue" qui a fait plusieurs milliers de victimes, selon les procureurs.

Son procès doit débuter le 30 novembre. Toutefois, les juges ont ordonné une expertise médicale par trois spécialistes, afin d'évaluer s'il est mentalement apte à être jugé.

Cette évaluation n'a pas été rendue publique. Mais les avocats de Rodrigo Duterte et le procureur de la CPI y ont réagi dans des documents datés du 14 septembre et publiés sur le site de la CPI mardi, à la veille d'une audience préliminaire.

L'ex-président philippin "souffre d'une déficience de mémoire importante, qui l'empêche de retenir des informations récentes et d'accéder de manière fiable à ses souvenirs", indique la défense dans son argumentaire de 13 pages.

Cela rend impossible toute participation à la procédure, "sans parler de donner des instructions appropriées à son avocat principal, dont il ne se souvient du nom que par intermittence", a souligné le chef de l'équipe de défense, Peter Haynes, ajoutant qu'il devait préparer l'affaire sans contribution utile de la part de son client.

De son côté, l'accusation a estimé, dans son argumentaire de sept pages, que Rodrigo Duterte était "capable d'exercer de manière significative ses droits procéduraux et à un procès équitable, et qu'il est apte à être jugé".

En vertu des règles de la CPI, la procédure ne peut se poursuivre si l'accusé est incapable de comprendre les charges retenues contre lui ou de participer à sa défense.

Les avocats ont aussi dénoncé le collège de médecins, jugeant leur rapport "incomplet et inadéquat" et réclamant qu'ils soient contre-interrogés.

Les médecins ont estimé que Rodrigo Duterte "ne s'était peut-être pas pleinement investi" lors des tests. Mais ils n'ont pas été en mesure de déterminer si les résultats découlaient d'une "simulation ou d'un manque de motivation" ou bien d'une "incapacité réelle à (...) terminer les tests en raison d'une pathologie neurologique sous-jacente", a indiqué la défense.

Elle cite certains résultats des examens selon lesquels son client pense vivre en 2007 ou 2008, avoir 84 ou 85 ans, et n'a pu donner le nom du président des États-Unis.

Ces troubles rendent impossible la préparation de sa défense, les avocats ne pouvant se fier à ce que leur dit Rodrigo Duterte, et affecteraient toute défense éventuelle devant le tribunal, a estimé M. Haynes dans ses conclusions.

Depuis son arrestation et son transfert à La Haye, Rodrigo Duterte n'a été vu qu'une fois, lors de sa comparution initiale le 14 mars 2025, mais en visioconférence. Il semblait alors hébété et désorienté.

Ses avocats ont ensuite demandé à ce qu'il soit autorisé à être absent des audiences suivantes pour raisons de santé.

La juge Joanna Korner l'a appelé à comparaître mercredi à une audience préliminaire. Aucune demande d'exemption de la défense n'a été rendue publique.

Les accusations portent sur des crimes commis durant le mandat de Rodrigo Duterte en tant que maire de Davao de 2013 à 2016, puis en tant que président jusqu'en mars 2019.

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