Un expert de l'Onu exhorte la Gambie à abolir la peine de mort

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires a exhorté vendredi la Gambie à abolir la peine de mort dont le maintien dans la Constitution est, selon lui, incompatible avec le droit international.

La Gambie a aboli la peine de mort en 1993 mais l'a rétablie l'année suivante après le coup d'État de Yahya Jammeh contre le président Dawda Jawara qui était au pouvoir depuis l'indépendance en 1965.

La dernière application de la peine de mort en Gambie a eu lieu dans la nuit du 23 août 2012 quand neuf prisonniers (huit hommes et une femme) détenus dans la prison de Mile Two à Banjul ont été exécutés.

M. Jammeh a été contraint d'abandonner le pouvoir à la suite de sa défaite lors de l'élection présidentielle de décembre 2016 contre l'actuel président Adama Barrow.

En février 2018, M. Barrow a instauré un moratoire officiel sur les exécutions. En mai 2019, il a commué l'ensemble des condamnations à mort restantes en peines de réclusion à perpétuité, engageant la Gambie sur la voie de l'abolition définitive.

"J'exhorte la Gambie à abolir la peine de mort une fois pour toutes parce que ce n'est pas une option. C'est une obligation en vertu du droit international", a déclaré le rapporteur de l'Onu sur les exécutions extrajudiciaires et les exécutions sommaires et arbitraires, Morris Tidball-Binz, lors d'une conférence de presse.

Il s'est félicité que le pouvoir du président Barrow ait adopté des réformes, notamment le nouveau Code pénal en 2025 qui supprime la peine de mort, tout en soulignant qu'elle figure toujours dans la Constitution.

Il s'exprimait au terme d'une visite de 12 jours dans ce pays ouest-africain partiellement enclavé dans le Sénégal.

M. Tidball-Binz a affirmé que la Gambie a certes accompli des progrès depuis l'arrivée au pouvoir de M. Barrow mais doit faire davantage pour les familles des victimes sous M. Jammeh.

Le gouvernement gambien a endossé en 2022 les recommandations d'une commission "Vérité, réconciliation et réparations" qui s'est penchée sur les atrocités perpétrées sous l'ère Jammeh.

Parmi elles, l'exécution de 240 à 250 personnes par des agents de l'État, des disparitions forcées, des viols, des actes de torture, des détentions arbitraires, jusqu'à l'administration contrainte d'un faux traitement contre le sida.

M. Tidball-Binz s'est notamment inquiété du fait que des restes humains exhumés en 2019 dans une caserne près de la capitale Banjul n'ont toujours pas été identifiés.

"Ce n'est pas la faute des professionnels (en Gambie). C'est simplement qu'ils n'ont pas l'équipement pour le faire", a-t-il dit, appelant à une aide internationale.

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