Changé par la guerre, Israël vote pour confirmer, ou non, son ancrage à droite toute

Israël va-t-il rester ancré dans la droite dure? Trois ans après l'attaque la plus meurtrière sur leur sol, les électeurs rendront lors des législatives du 27 octobre leur verdict sur Benjamin Netanyahu dans un pays ultra-divisé.

Le Premier ministre, qui a passé plus de 18 années au pouvoir et fêtera mercredi ses 77 ans, est engagé dans une course serrée, selon les sondages, pour un nouveau mandat.

Le traumatisme du 7-Octobre reste omniprésent: des affichettes fanées continuent d'arborer les sourires obsédants de jeunes tués par le mouvement palestinien Hamas et plus personne ne s'étonne de voir des clients avec des fusils d'assaut dans les restaurants bondés.

Depuis trois ans, M. Netanyahu a mené une guerre tous azimuts, réduisant Gaza à un champ de ruines, occupant une partie du Liban et bombardant l'Iran avec l'aide des Etats-Unis.

Formé en décembre 2022 avec la participation inédite d'ultra-nationalistes, son gouvernement a aussi accéléré la colonisation de la Cisjordanie occupée, où les attaques de colons ont explosé dans un climat d'impunité.

Un signe de "défaillance" du système, estime Gideon Rahat, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem.

"Ces élections portent sur l'avenir de l'Etat au sens littéral du terme", souligne-t-il.

- "Adoré ou détesté" -

Cette violence a isolé Israël à l'international et vaut à M. Netanyahu des poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Gaza.

Mais dans un pays où, d'après une récente enquête d'opinion, seulement un cinquième de la population se revendique de gauche, les opposants se sont bien gardés de critiquer les choix militaires du gouvernement.

Coiffeur à Bat Yamm, près de Tel-Aviv, Neriah Yarchi, 19 ans, compte voter pour Bezalel Smotrich, le ministre d'extrême droite des Finances, qui milite pour un départ "volontaire" des deux millions de Palestiniens de Gaza.

"Si Gaza avait été à nous, ils n'auraient eu nulle part d'où s'infiltrer et il n'y aurait pas eu de massacre", insiste-t-il.

Unie par son aversion envers le Premier ministre, l'opposition a surtout axé sa campagne sur son échec à empêcher le 7-Octobre, même si l'intéressé, accusé d'avoir ignoré les avertissements, s'en est vivement défendu.

Déjà avant, il était loin de faire l'unanimité: sa tentative de brider le pouvoir judiciaire, alors que des poursuites pour corruption pourraient le mener en prison, a provoqué des manifestations parmi les plus massives de l'histoire du pays.

"Chacun dans le pays a une opinion très tranchée sur Netanyahu. Les gens l'adorent ou le détestent", résume Alon Yakter, politologue à l'Université de Tel Aviv.

- Antithèse de Netanyahu -

Dans les sondages, l'ancien chef de l'armée Gadi Eisenkot s'est imposé comme le principal rival de M. Netanyahu, dont il semble l'antithèse en termes de personnalité.

Novice en politique, qui cherche à unir au centre plutôt qu'à radicaliser sa base, cet orateur peu charismatique est loin de maîtriser l'anglais aussi bien que le Premier ministre. Et il a perdu son fils dans la guerre à Gaza, tandis que Yaïr Netanyahu poursuit une carrière de globe-trotteur sur les réseaux sociaux.

M. Eisenkot a accusé son adversaire d'"échec retentissant" à Gaza, mais il affiche la même inflexibilité face au Hamas.

Au Liban, où il a officié lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah pro-iranien, il a été l'un des initiateurs de la doctrine de représailles massives même contre des infrastructures civiles face à des combattants disséminés dans la population.

L'opposition s'est davantage concentrée sur des questions de société comme les privilèges dont bénéficient les juifs ultra-orthodoxes, au poids démographique croissant avec un taux de fécondité de 6,5 enfants par femme.

S'il n'est pas lui-même pratiquant, Benjamin Netanyahu a maintenu l'exemption de service militaire pour les étudiants des écoles talmudiques, une mesure qui passe mal alors que les réservistes enchaînent eux les missions.

Pour Naftali Bennett, figure de l'opposition et éphémère Premier ministre en 2021-2022 qui s'est engagé à supprimer toutes les exemptions, de telles divisions sociétales signent "la mort lente" du pays.

- Dynamisme économique -

Mais quelles que soient les critiques, une partie des Israéliens considèrent que le gouvernement a apporté de la stabilité après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023.

Si les frappes de représailles de l'Iran ou du Hezbollah libanais ont tué des Israéliens, les tirs depuis Gaza ont cessé, alors même qu'Israël continue de frapper le territoire palestinien où le Hamas est toujours présent.

Sur le volet économique, les chantiers de construction ont poussé un peu partout, et la Bourse s'est envolée tirée par les secteurs de la technologie et de la défense.

Si le scrutin est aussi serré que l'annoncent les sondages, la formation d'un gouvernement pourrait prendre des semaines, voire des mois.

Avec pour possible faiseurs de rois, les partis issus de la minorité arabe, qui représente environ 20% de la population du pays et pourrait fortement se mobiliser face aux positions virulentes des ministres d'extrême droite.

Au cas où M. Netanyahu était reconduit, des experts vont jusqu'à évoquer un risque pour la démocratie.

"L'expérience montre qu'une fois qu'un système (organisé autour d'un dirigeant populiste) est mis en place, il est extrêmement difficile de le démanteler", relève Uriel Reichman, ancien député centriste et fondateur de l'université portant son nom.

sct/fcc/anb/cab

BAT - BRITISH AMERICAN TOBACCO

Inscrivez-vous à notre newsletter
Chaque fin de semaine (sauf exceptions), notre newsletter vous est délivrée par e-mail. Elle contient l'ensemble de nos contenus publiés depuis la précédente édition. Parfois nous en profitons pour annoncer un événement ou une publication majeure à paraître. Et c'est gratuit.