Récompensée par le prix Sakharov jeudi, la Cour pénale internationale vit la période la plus difficile de son histoire, après avoir été ébranlée par un scandale sexuel et l'annonce de nouvelles sanctions américaines paralysantes.
La CPI, installée à La Haye dans un bâtiment moderne aux façades vitrées, a été créée en 2002 pour juger les individus accusés des crimes les plus graves : crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide.
Son traité fondateur, le Statut de Rome, stipule que la cour agit au nom de "millions d'enfants, de femmes et d'hommes" qui ont été "victimes d'atrocités qui défient l'imagination et heurtent profondément la conscience humaine".
Considérée comme l'héritière du tribunal de Nuremberg chargé de juger les crimes de guerre nazis, la CPI fonctionne comme une "juridiction de dernier recours", ne se saisissant que des affaires que les tribunaux nationaux ne veulent pas ou ne peuvent pas juger.
Les procès se font en la présence d'un représentant des victimes, qui voient dans la cour de La Haye un moyen d'obtenir une justice qu'elles n'ont pas réussi à faire valoir dans leur propre pays.
Depuis sa création, la cour est néanmoins la cible de critiques pour n'avoir condamné que 15 individus, tous africains, en près d'un quart de siècle.
Elle a également connu des échecs retentissants : l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo a été innocenté, l'ancien vice-président de la République démocratique du Congo Jean-Pierre Bemba a été acquitté en appel, tandis que les charges retenues contre le président kenyan Uhuru Kenyatta ont été abandonnées.
- Opposants virulents -
La cour compte actuellement 125 pays membres. Toutefois, les grandes puissances telles que les États-Unis, la Chine, l'Inde, Israël et la Russie n'en font pas partie.
Washington a toujours figuré parmi les opposants les plus virulents de la CPI, allant même jusqu'à adopter une loi permettant une intervention militaire pour libérer tout militaire ou responsable américain détenu par la cour.
Le président Donald Trump a durci le ton à l'encontre de la juridiction, la qualifiant d'"institution hors de contrôle". Son secrétaire d'État, Marco Rubio, a promis de la démanteler "brique par brique".
L'administration américaine est furieuse que la CPI ait émis un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, un proche allié des États-Unis, pour des crimes présumés commis à Gaza.
Washington a annoncé il y a deux semaines des sanctions visant à paralyser le fonctionnement quotidien de la cour, faisant suite à des sanctions visant certains responsables.
Ces sanctions récentes pourraient affecter directement le paiement des 900 employés de la CPI et les déplacements liés aux enquêtes. Elles impacteraient aussi surtout son autonomie technologique, puisqu'elle dépend fortement du géant informatique américain Microsoft.
Les États-Unis mènent également une campagne diplomatique visant à faire pression sur les pays pour qu'ils se retirent de la CPI. Un appel déjà suivi par Nauru, le Tchad, le Venezuela, le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui ont annoncé leur retrait.
La juridiction a également fait les gros titres cette année avec le licenciement de son procureur général Karim Khan, à la suite d'allégations d'agression sexuelle contre une avocate alors membre de son équipe. M. Khan nie toute faute et s'est engagé à contester son licenciement.
La CPI sera de nouveau sous les feux de la rampe en fin d'année avec l'ouverture du procès à l'encontre de l'ancien président philippin Rodrigo Duterte, accusé de crimes contre l'humanité durant sa "guerre contre la drogue".
Il sera le premier ancien chef d'État asiatique à être jugé par la cour de La Haye. Encore impensable il y a quelques années, son arrestation donne aux procureurs l'espoir que d'autres fugitifs soient remis à la juridiction.
"Nous sommes tous d'accord que personne ne devrait échapper à la justice. Et c'est ce que nous symbolisons ici", a déclaré le procureur général par intérim, Mame Mandiaye Niang, lors d'un récent entretien avec l'AFP.
"La vie des institutions, c'est comme dans la vie des êtres humains. C'est rarement un fleuve tranquille", a-t-il souligné, "tout cela est difficile, mais j'ai toujours eu la conviction qu'on peut reprendre le dessus".
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