Les crises électorales au Kenya

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Le Kenya s'apprête mardi à ouvrir un nouveau chapitre politique avec une élection présidentielle qui s'annonce serrée et scelle la fin de l'ère Kenyatta, membre de l'ethnie kikuyu au pouvoir depuis 2013.

Si la campagne s'est déroulée dans le calme, les joutes agressives s'étant cantonnées aux réseaux sociaux, les contestations et violences post-électorales passées entretiennent les inquiétudes avant un scrutin crucial pour ce pays d'Afrique de l'Est.

- 1992: première élection multipartite

Le 29 décembre 1992, Daniel arap Moi, au pouvoir depuis 1978, est élu président lors du premier scrutin multipartite face à une opposition divisée.

Des violences opposant les Kalenjin, ethnie minoritaire du président, aux Kikuyu, majoritaires et soutenant les partis d'opposition, précèdent puis suivent le scrutin, faisant des centaines de morts dans la vallée du Rift.

- 2007-2008: violences les plus meurtrières -

Le 27 décembre 2007, des émeutes éclatent après la réélection contestée de Mwai Kibaki à la présidence, face à Raila Odinga, ancien allié devenu rival.

La vallée du Rift devient l'épicentre d'affrontements entre des membres des communautés kalenjin et luo, qui ont majoritairement soutenu M. Odinga, et leurs voisins kikuyu, l'ethnie de M. Kibaki.

En février 2008, les deux leaders signent un accord sous la pression de la communauté internationale, aboutissant à un gouvernement de coalition dirigé par Raila Odinga. Les violences ont fait plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés, dans un pays jusqu'alors réputé stable.

En mars 2010, la Cour pénale internationale (CPI) autorise l'ouverture d'une enquête pour crimes contre l'humanité sur ces violences et en 2012, ses juges confirment les accusations contre quatre Kényans. Parmi eux, Uhuru Kenyatta, fils du premier président kényan et candidat à la présidentielle de 2013, ainsi que William Ruto, son colistier.

Le 4 mars 2013, Uhuru Kenyatta remporte la présidentielle.

Le 8 octobre 2014, il devient le premier chef d'Etat à comparaître en cours de mandat devant la CPI.

En décembre, la Cour abandonne les poursuites contre lui, faute de preuves suffisantes. En 2016, elle abandonne pour la même raison des poursuites contre son vice-président William Ruto.

- 2017: présidentielle annulée -

La présidentielle est remportée par Uhuru Kenyatta face à Raila Odinga, qui rejette les résultats, manipulés selon lui par piratage informatique, et dépose un recours.

L'annonce des résultats déclenche des émeutes et des pillages dans des fiefs de l'opposition.

Le 1er septembre, la Cour suprême invalide le scrutin pour "irrégularités" et ordonne une nouvelle élection, une première en Afrique.

En octobre, Uhuru Kenyatta est réélu lors d'un nouveau vote boycotté par l'opposition et terni par un faible taux de participation (39%).

Des violences post-électorales font des dizaines de morts, principalement dans la brutale répression des manifestations de l'opposition par la police.

En 2018, les deux hommes sidèrent le pays en se serrant la main et en déclarant une trêve, un retournement d'alliance toutefois courant au Kenya.