04.03.11 - RWANDA/FRANCE - INQUIETUDE DES ASSOCIATIONS DE VICTIMES APRES LE RETOUR D'ALAIN JUPPE

Paris, 4 mars 2011 - Le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a retrouvé le 27 février ses fonctions au Quai d'Orsay, qu'il avait dirigé de 1993 à 1995, se trouvant confronté en 1994 au génocide rwandais. Cette nomination suscite l'inquiétude des associations de victimes du génocide, à Kigali comme à Paris.
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Dans un communiqué publié le 2 mars, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, une organisation française de soutien aux victimes du génocide, déplore cette nomination qui « rappelle de mauvais souvenirs ».

 «L'homme qui revient aux Affaires étrangères de la France est un de ceux qui, mis en cause pour le soutien apporté à un régime génocidaire, n'a jamais éprouvé le moindre remord ni évoqué la moindre remise en cause de son action et de celle du gouvernement auquel il participait», affirme le communiqué.

A Kigali, le nouveau président d'Ibuka, Jean Pierre Dusingizemungu a également fait part de ses inquiétudes dans un entretien avec l'agence Hirondelle.

« Nous sommes inquiets du retour d'Alain Juppé aux Affaires étrangères. S'il revient avec la même intransigeance qu'en 1994, nous craignons un nouveau refroidissement des relations entre Paris et Kigali. Au lendemain du génocide des Tutsis, n'a-t-il pas déclaré n'avoir aucun regret sur la politique de son pays dans cette tragédie rwandaise ? », a indiqué M.Dusingizemungu

« Ibuka est loin d'oublier le rôle incontournable de Juppé dans la mise sur pied et le suivi de l'opération Turquoise, montée pour protéger les planificateurs et les auteurs de ce génocide », a poursuivi le président d'Ibuka. Il a suggéré au chef de la diplomatie française de s'amender à travers « une déclaration et une visite officielles à Kigali pour demander pardon ».

En 2008, l'ancien ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner avait évoqué une « faute politique » de la France au Rwanda. « C'est trop ou trop peu, réagissait  Alain Juppé sur son blog. De quelle faute s'agit-il ? Il faut l'expliquer ! Aurions-nous, par exemple, pris systématiquement le parti d'un camp contre l'autre, des Hutus contre les Tutsis ? C'est une contre-vérité. Pendant la période où j'ai conduit la diplomatie française (d'avril 1993 à mai 1995), nous avons fait tous les efforts possibles pour aider à la réconciliation des Rwandais. Ces efforts ont abouti aux accords d'Arusha II signés le 4 août 1993. »

Dans un courrier adressé plus tard au général Jean-Claude Lafourcade, l'ex-commandant de l'opération Turquoise menée par la France au Rwanda en juin 1994, Alain Juppé précisait : « Je suis scandalisé par la tentative de réécriture de l'histoire qui vise à faire porter sur la France tout ou partie de la responsabilité de l'abominable génocide rwandais. (...) L'opération Turquoise fait honneur à la France et à son armée. Nos soldats ont agi avec courage, loyauté et abnégation et ont sauvé des dizaines de milliers de vies. »

Dans une tribune publiée sur son blog le 1er mars 2010, il ajoutait : « Loin de se taire sur ce qui s'est alors passé au Rwanda, le gouvernement français a, par ma voix, solennellement dénoncé le génocide dont des centaines de milliers de Tutsis étaient les victimes. Je l'ai dit le 15 mai 1994 à l'issue de la réunion du Conseil des ministres de l'Union européenne à Bruxelles, et de nouveau le 18 mai à l'Assemblée nationale au cours de la séance des questions d'actualité. »

Alain Juppé concluait cette même tribune par ces lignes : « Aujourd'hui, il est utile que la France et le Rwanda dissipent les malentendus et se réconcilient. Il reste nécessaire que les coupables de cet abominable génocide soient poursuivis, traduits en justice et châtiés, où qu'ils se trouvent. »

Toutefois, près de dix-sept ans après le génocide, aucun procès n'a encore eu lieu en France.

FP/SRE/ER/GF

© Agence Hirondelle