19.04.11 - CPI/BANDA/JERBO - PASSE D’ARMES ENTRE LES REBELLES DU DARFOUR ET UN GROUPE DE VICTIMES

La Haye, 19 avril 2011 (FH) - Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont tenu une conférence de mise en état pour préparer le futur procès contre Abdallah Banda et Saleh Jerbo. Les deux rebelles darfouris sont accusés de crimes de guerre pour avoir, au sein de leurs milices respectives, conduit l'attaque d'une base militaire de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), à Haskanita, le 29 septembre 2007. Lors de cette attaque, qui s'inscrivait dans le cadre de la guerre qui oppose, depuis 2002, les rebelles du Darfour au pouvoir de Khartoum, douze soldats de la paix avaient notamment été tués.

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Cette audience a donné lieu à une rapide passe d'armes entre l'avocat des rebelles, Karim Khan, et l'un des représentants des victimes, Geoffrey Nice. Plusieurs groupes de victimes sont parties civiles dans cette affaire, dont des proches des soldats de la paix tués. Les victimes représentées par Geoffrey Nice étaient à Haskanita au moemt de l'attaque mais sont, elles, proches du régime de Khartoum. Selon l'avocat britannique, elles sont assistées par le Groupe international de défense du Soudan (SIDG), un mouvement créé en juillet 2008 en réaction au dépôt d'une demande, par le procureur de la CPI, de délivrance d'un mandat d'arrêt contre le président Omar Al-Bachir (le chef de l'Etat soudanais fait l'objet de deux mandats d'arrêt pour génocide et crimes contre l'humanité). Leur défense est financée par la Fédération des syndicats des travailleurs soudanais (SWUTF), proche du pouvoir.

Au cours de l'audience, maître Geoffrey Nice a mis en doute le fait que les deux accusés ne peuvent suivre leur procès que dans la langue Zaghawa. « Sur la base d'informations que j'ai reçu aujourd'hui, nous sommes un peu surpris » a déclaré Geoffrey Nice, proposant à la chambre d'évaluer leur niveau de langue. L'avocat des accusés, maître Karim Khan, a immédiatement réagit : « Des représentants du gouvernement... », a-t-il commencé, immédiatement repris par la présidente. « Que voulez-vous dire par représentants du gouvernement ? » « Je voulais dire les représentants des victimes », s'est-il excusé, avant de lancer une salve contre le gouvernement soudanais.

« Contrairement au gouvernement du Soudan, contrairement au président de ce pays, ils [les accusés] se sont présentés volontairement devant la Cour. Lorsque des personnes se présentent volontairement devant la Cour, disent qu'elles parlent le Zaghawa parfaitement, ces déclarations devraient être acceptées » a estimé maître Karim Kahn avant de rappeler qu'un « accusé a le droit à obtenir les documents dans une langue qu'il comprend parfaitement. »

La question de la langue pourrait passablement entraver la conduite du procès. Au cours de l'audience, le procureur a indiqué qu'il aurait bouclé son enquête dans le courant de l'été 2011. Il devrait présenter au moins 21 témoins au cours du futur procès. Ces témoignages constituent près de 3700 pages de compte-rendu. Le substitut du procureur, Adebowale Omofade, a estimé que leur traduction nécessiterait 30 mois. Selon un rapport du Greffe, le Zaghawa est une langue orale, qui comprend près de 5000 mots.

 « Les charges reprochées aux deux accusés n'ont pas été traduites en Zaghawa. Nous avons dû translittérer les documents en anglais et donner le document à un traducteur, qui le lit et le fait enregistrer, a expliqué Adebowale Omofade. Mais il y a des difficultés. Ceux qui parlent Zaghawa et anglais sont très peu nombreux. Si nous devons translittérer d'abord les documents en arabe, puis en anglais, cela prend beaucoup de temps. Si nous pouvons nous mettre d'accord sur des résumés, cela pourrait nous aider », a-t-il demandé.

Les deux suspects avaient été cités à comparaître par la Cour, le 27 août 2009, suite à une demande du procureur, déposée en novembre 2008, quelques mois après avoir adressé aux juges une demande de mandat d'arrêt contre le président soudanais, Omar Al-Bachir. Abdallah Banda et Saleh Jerbo avaient comparu devant les juges le 17 juin 2010.

SM/GF

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