Pas de répit à Gaza après la demande de mandats d'arrêt à la CPI dénoncée par Israël et le Hamas

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La guerre dévastatrice ne connaît pas de répit mardi à Gaza entre Israël et le Hamas qui ont dénoncé les mandats d'arrêt réclamés à la Cour pénale internationale (CPI) contre des dirigeants israéliens et du mouvement islamiste palestinien pour crimes de guerre et contre l'humanité présumés.

Les violences meurtrières ont gagné également la Cisjordanie où l'armée israélienne a dit mener une nouvelle opération dans la ville de Jénine, bastion de groupes armés palestiniens luttant contre l'occupation israélienne.

Dans la bande de Gaza assiégée par Israël, plus de sept mois d'une guerre meurtrière ont aussi provoqué une catastrophe humanitaire avec la majorité des 2,4 millions d'habitants menacés de famine et trois quarts déplacés, d'après l'ONU.

"Franchement, nous manquons de mots pour décrire ce qui se passe à Gaza. Nous l'avons décrit comme une catastrophe, un cauchemar, un enfer sur terre. C'est tout cela, et pire encore", a résumé lundi Edem Wosornu, directrice des opérations pour le Bureau des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

La guerre a été déclenchée par une attaque du Hamas sur le sol israélien le 7 octobre, qui a entraîné la mort de plus de 1.170 personnes, majoritairement des civils, selon un bilan de l'AFP établi à partir de données officielles israéliennes. Sur les 252 personnes alors emmenées comme otages, 124 sont toujours retenues à Gaza, dont 37 mortes selon l'armée.

Israël a juré de détruire le Hamas et lancé en représailles une offensive dévastatrice dans la bande de Gaza, entraînant la mort d'au moins 35.647 personnes, pour la plupart des civils, dont au moins 85 au cours de dernières 24 heures, selon des données mardi du ministère de la Santé du gouvernement du territoire palestinien dirigé par le mouvement palestinien.

- Hôpital assiégé -

Dans le centre du territoire palestinien, des frappes aériennes ont ciblé mardi le camp d'Al-Bureij, selon des témoins. Et dans le sud, des navires de guerre israéliens ont tiré sur Khan Younès, alors que des médecins de l'hôpital Européen ont fait état de plusieurs blessés par une frappe aérienne qui a touché une maison.

L'aviation israélienne a frappé environ 70 cibles ces dernières 24 heures dans la bande de Gaza, l'armée disant avoir "éliminé plusieurs" combattants dans le sud, le centre et à Jabalia.

A Jabalia, l'Organisation mondiale de la santé a indiqué que l'hôpital Al-Awda était "assiégé" depuis deux jours, et que 170 patients et membres du personnel y étaient bloqués, signalant des tirs de snipers et un impact de roquette.

Israël a lancé le 7 mai des opérations au sol dans certains secteurs de Rafah en dépit de l'opposition de la communauté internationale, notamment celle de son grand allié américain, qui s'inquiète pour plus d'un million de civils piégés dans cette ville à la lisière sud de la bande de Gaza.

L'armée israélienne a ordonné des évacuations massives de Rafah où elle dit vouloir détruire le derniers bataillons du Hamas --qu'Israël considère comme organisation terroriste de même que les Etats-Unis et l'Union européenne--, et son réseau de tunnels, et sauver les otages.

"Depuis octobre 2023, 75% de la population de Gaza - soit 1,7 million de personnes - a été déplacée de force à l'intérieur de Gaza, beaucoup jusqu'à quatre ou cinq fois, notamment en raison des appels répétés à évacuer émis par l'armée israélienne", a indiqué la directrice des opérations pour l'Ocha.

- "Respect du processus juridique" -

Depuis qu'Israël a pris il y a deux semaines le contrôle à côté palestinien du poste-frontière de Rafah avec l'Egypte, l'acheminement de l'aide humanitaire est quasiment à l'arrêt, notamment le carburant, indispensable aux hôpitaux et à la logistique humanitaire.

Selon Mme Wosornu, 1,1 million de personnes dans la bande de Gaza font face à des "niveaux de faim catastrophiques".

Dans ce contexte, le procureur de la CPI, Karim Khan, a déclaré lundi avoir demandé des mandats d'arrêt contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et son ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour des crimes tels que "le fait d'affamer délibérément des civils", "homicide intentionnel" et "extermination et/ou meurtre".

Des dirigeants du Hamas sont également visés par cette demande de mandats d'arrêt, notamment son chef à Gaza Yahya Sinouar, pour "extermination", "viol et autres formes de violence sexuelle" et "prise d'otages en tant que crime de guerre".

Le Premier ministre israélien a "rejeté avec dégoût la comparaison du procureur de La Haye entre Israël", son ministre de la Défense dénonçant une décision "méprisable et ignoble".

Le mouvement islamiste palestinien Hamas a dénoncé de son côté "les tentatives du procureur (...) d'assimiler la victime au bourreau".

Lundi, le président américain, Joe Biden, a fustigé une démarche "scandaleuse" de la CPI à l'égard des dirigeants israéliens, tandis que la diplomatie française a fait savoir qu'elle "soutient la Cour pénale internationale".

Un porte-parole du bureau des droits de l'homme de l'ONU a appelé mardi au "respect du processus juridique, l'affaire est désormais devant la Chambre préliminaire, qui doit pouvoir mener son travail sans pression ni ingérence extérieure", et à ce que "tous les responsables ayant commis des violations rendent des comptes".