Au Vietnam, Poutine menace de fournir des armes à la Corée du Nord

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Le président russe Vladimir Poutine a menacé jeudi au Vietnam de "fournir des armes" à la Corée du Nord, tout en assurant que la fourniture d'armes par la Corée du Sud à l'Ukraine serait une "très grave erreur".

"Nous nous réservons le droit de fournir des armes à d'autres parties du monde, en gardant à l'esprit nos accords avec la Corée du Nord, et je n'écarte pas cette possibilité", a déclaré M. Poutine devant la presse.

M. Poutine avait déjà menacé début juin de livrer des armes à des pays tiers, en réponse à la livraison d'armements occidentaux à l'Ukraine et à l'autorisation donnée à Kiev par les Etats-Unis et plusieurs pays européens de frapper le territoire russe avec les missiles occidentaux qui lui ont été livrés.

- "extrêmement préoccupants" -

Les Etats-Unis ont qualifié d'"extrêmement préoccupants" ces propos du président russe, ajoutant que cela risquerait de "déstabiliser la péninsule coréenne".

"C'est extrêmement préoccupant. Elle déstabiliserait, potentiellement, la péninsule coréenne", a déclaré à la presse le porte-parole du département d'Etat, Matthew Miller.

"En fonction du type d'armes (fournies) cela pourrait violer les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU que la Russie elle-même a soutenues", a-t-il fait valoir.

Le Vietnam constitue la deuxième et dernière étape d'une mini-tournée en Asie pour Vladimir Poutine, après la Corée du Nord mercredi, où l'annonce d'un accord de défense bilatéral a suscité de nouvelles critiques occidentales.

Hanoï espère aussi "pousser la coopération en matière de défense et de sécurité" avec Moscou, a souligné le président vietnamien To Lam.

Depuis la période soviétique, la Russie demeure, de loin, le principal fournisseur d'armes du Vietnam mais les volumes ont chuté ces dernières années, en dépit de la militarisation de la mer de Chine méridionale où les autorités vietnamiennes s'inquiètent des visées expansionnistes de Pékin.

"Nous avons fait part de l'intérêt mutuel pour la création d'une architecture de sécurité fiable et adéquate en Asie-Pacifique qui reposerait sur les principes du non-recours à la force, du règlement pacifique des différends et où il n'y aura pas de place pour des blocs politico-militaires clos", a confié M. Poutine.

Celui-ci est arrivé au Vietnam dans la nuit de mercredi à jeudi, après un déplacement exceptionnel à Pyongyang, où Kim Jong Un le considère comme le "meilleur ami" de son pays.

- Soutien -

La Russie et la Corée du Nord, sous le coup de sanctions occidentales, ont conclu un "partenariat stratégique global", qui prévoit une assistance mutuelle "en cas d'agression" et un éventuel renforcement de la "coopération militaro-technique", selon M. Poutine.

Les Etats-Unis et leurs alliés craignent que ce rapprochement accéléré ne débouche sur de nouvelles livraisons de munitions et de missiles nord-coréens à l'armée russe, pour sa guerre en Ukraine.

Le Japon s'est dit jeudi "gravement préoccupé" par ce pacte, pendant que l'Union européenne approuvait un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.

A Hanoï, M. Poutine s'est engagé à développer les relations avec le Vietnam, auquel son pays vend des armes depuis des décennies, en vue de contrer les tentatives occidentales d'isoler la Russie pour sa guerre en Ukraine.

"La Russie attache beaucoup d'importance au renforcement des relations avec le Vietnam", a déclaré le président russe, qui a rencontré les principaux dirigeants de cet Etat communiste.

Les deux parties ont signé une dizaine de partenariats, notamment dans l'énergie, l'éducation et le nucléaire civil. Le communiqué commun insiste sur l'atmosphère "chaleureuse et amicale" des discussions et le "haut degré de confiance et de compréhension mutuelle".

M. Poutine a rencontré le Premier ministre Pham Minh Chinh, ainsi que le secrétaire général du parti communiste, Nguyen Phu Trong, considéré comme la personnalité la plus influente du régime. Agé de 80 ans, il a effectué une partie de ses études en URSS.

En accueillant Vladimir Poutine, visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), Hanoï s'expose au mécontentement de ses partenaires occidentaux, les Etats-Unis en tête, qui considèrent le Vietnam, avec ses 100 millions d'habitants, comme stratégique pour la production manufacturière, en particulier de semi-conducteurs.