06.09.12 - CPI/BEMBA - LE PROCUREUR CONTESTE L’INDEPENDANCE DU DEUXIEME EXPERT DE LA DEFENSE

La Haye, 6 septembre 2012 (FH) – Le témoignage de l’expert gabonais Octave Dioba, second témoin appelé à la barre de la Cour pénale internationale (CPI) par la défense de Jean-Pierre Bemba, s’est poursuivi mercredi et jeudi. Contre-interrogé par le procureur, l’universitaire, qui se décrit lui-même comme un « géostratège », a dû défendre ses qualités d’expert.

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S’exprimant dans un français assez pompeux, Octave Dioba a tenté de contourner les questions du procureur, en s’enferrant dans de longues réponses.

« Mais pourquoi êtes-vous sur la défensive ? » a finalement demandé, las, le substitut du procureur, Eric Iverson, avant d’inviter la chambre à intervenir. Avocat de Jean-Pierre Bemba, maître Aimé Kilolo, a dû venir à la rescousse de son témoin, rappelant que « c’est un expert agréé par la CPI et à moins de dire que les organes compétents de la CPI se sont trompés, on ne peut pas nier cela. On ne peut pas scier la branche CPI sur laquelle nous sommes assis ».

Dans les meurtres, les viols et les pillages commis par les soldats et pour lesquels l’accusé est poursuivi en qualité de supérieur hiérarchique, l’universitaire « ne voit pas la responsabilité, que ce soit de façon politique ou stratégique, de monsieur Jean-Pierre Bemba. »

« Pensez-vous que nous soyons ici pour déterminer les responsabilités stratégiques et politiques ? » a alors demandé le procureur.  Les troupes du MLC sont venues combattre à la demande du président centrafricain, a rappelé Octave Dioba, et « si des actes ont été commis par les troupes du Mouvement de libération du Congo, c’est de la responsabilité des troupes de la Centrafrique ». Pour l’expert, il appartenait en outre au commandement centrafricain de sanctionner, le cas échéant, les soldats du MLC.

Plus tard, Octave Dioba a précisé ne pas « nier » les crimes, avant d’ajouter que  « quel que soit le niveau de confrontation armée, il y a toujours des exactions. La guerre implique la mort. N’oublions pas qu’il s’agissait d’une confrontation opposant deux camps : les forces rebelles de François Bozizé contre les troupes du chef suprême Ange -Félix Patassé », président de la Centrafrique à l’époque des crimes, en 2002 et 2003.

La présidente de la chambre, Sylvia Steiner, a interpellé à son tour le témoin, demandant si « violer des femmes est un résultat collatéral de la guerre ? ». « Non, non, on ne peut pas violer des gens », a-t-il déclaré. Tentant ensuite de nuancer son propos, Octave Dioba  a été sèchement interrompu par la juge brésilienne.

Citant le rapport remis par l’expert à la Cour, le substitut Iverson, a demandé : « Etes-vous convaincu qu’il existe un complot international à l’encontre de Jean-Pierre Bemba Gombo ? ». « Puisque les véritables responsables des exactions sont connus, alors pourquoi s’en prendre à un acteur éloigné ? Pourquoi le faire alors que les acteurs directs, on peut les identifier ? », a répondu le témoin expert.

Le procureur a conclu son contre-interrogatoire d’un jugement sans appel : « vous êtes partial, vous n’êtes pas indépendant, vous utilisez la place du témoin pour défendre votre propre objectif ». 

Le procès de Jean-Pierre Bemba se poursuivra lundi 10 septembre.

SM/ER/GF