"Climaticide", "greenwashing", atteintes aux droits humains: le groupe français TotalEnergies fait face depuis plusieurs années à une série de procédures judiciaires en France et en Belgique, engagées par des ONG et des particuliers sur ses activités d'extraction d'hydrocarbures.
- Devoir de vigilance: de gros enjeux
Le tribunal judiciaire de Paris doit dire si la loi sur le devoir de vigilance introduite en 2017 peut contraindre la compagnie à renoncer à ses nouveaux projets d'hydrocarbures pour limiter la crise du réchauffement planétaire.
L'affaire, premier grand procès climatique d'une entreprise en France, présente des similitudes avec un autre dossier en Belgique: un procès intenté par un agriculteur reprochant au géant pétrolier sa responsabilité dans le dérèglement climatique a été suspendu le 18 mars, dans l'attente de ce jugement. TotalEnergies a fait appel.
- Deux fronts sur le Mozambique
En novembre 2025, l'ONG European Center for Constitutional and Human Rights a saisi le parquet national antiterroriste à Paris d'une plainte pour "complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées" pour des faits datant de 2021 sur le site d'un méga-projet gazier, alors à l'arrêt après une attaque jihadiste en mars cette année-là.
TotalEnergies est accusé d'"avoir directement financé et soutenu matériellement" une unité militaire, composée de forces armées mozambicaines, qui aurait commis des exactions sur des civils à l'été 2021, sur fond de conflit entre l'armée et une milice affiliée au groupe Etat islamique.
TotalEnergies est aussi visé depuis mars 2025 par une enquête de juges d'instruction à Nanterre pour "homicide involontaire" après une plainte de survivants et proches de victimes de l'attaque jihadiste qui l'accusent d'avoir négligé la sécurité de ses sous-traitants.
- Le projet Eacop-Tilenga attaqué
Autre projet contesté: le forage "Tilenga" - plus de 400 puits en Ouganda - associé au EACOP (East African Crude Oil Pipeline), le plus long oléoduc chauffé au monde, destiné à transporter les hydrocarbures jusqu'à l'océan Indien en traversant la Tanzanie, à partir de 2027.
Vingt-six Ougandais et cinq associations françaises et ougandaises (dont les Amis de la Terre France et Ouganda) ont lancé en juin 2023 une action civile pour demander "réparation" devant le tribunal de Paris de divers préjudices: expropriations abusives, compensations insuffisantes, harcèlement... Une audience est prévue en février 2027.
Les associations Darwin Climax Coalitions, Sea Shepherd France, Wild Legal et Stop EACOP-Stop Total en Ouganda ont également déposé à Nanterre (près de Paris) en janvier 2025 une plainte pénale pour qu'un juge d'instruction enquête sur ce projet présenté comme "climaticide".
- Condamné pour "greenwashing"
TotalEnergies a été condamné le 23 octobre 2025 au civil à Paris pour "pratiques commerciales trompeuses" pour avoir vanté à tort ses engagements vers la neutralité carbone d'ici 2050 sur son site commercial. En revanche, il a rejeté les demandes des associations Greenpeace France, Les Amis de la Terre France et Notre Affaire à tous sur sa communication institutionnelle, relevant d'autres normes juridiques. Le groupe n'a pas fait appel.
A Nanterre, il est aussi visé depuis 2021 par une enquête préliminaire du parquet après une plainte cette fois au pénal d'associations (Wild Legal, Sea Shepherd France et Darwin Climax Coalitions) qui l'accusent de "pratiques commerciales trompeuses" dans ses communications sur sa politique climatique.
- Des plaintes ou recours rejetés
En janvier 2024, une cinquantaine de ressortissants yéménites ont assigné en référé TotalEnergies devant le tribunal de Nanterre en l'accusant de polluer une région désertique de l'Hadramaout, où le groupe a exploité des puits pétroliers des années 1990 jusqu'en 2015. Le tribunal s'est déclaré incompétent au profit de celui de Paris, qui a débouté les demandeurs le 24 mars 2026. Un appel est en cours. Dans un autre référé similaire, le tribunal de Paris a jugé irrecevable en décembre 2024 la demande de 8 plaignants yéménites.
En février 2025, la justice a classé une plainte pénale déposée à Paris par trois ONG et huit personnes qui accusaient d'homicides involontaires et d'atteintes à la biodiversité du fait de l'activité du groupe dans les énergies fossiles.
Par deux fois en 2022 et en 2023, la justice a écarté une plainte pour "complicité de crimes de guerre russes en Ukraine" déposée par deux associations qui reprochaient à TotalEnergies d'avoir continué à exploiter un gisement en Russie après le début de la guerre en Ukraine.
bur-nal/ved/spi
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