Deux élus Les Républicains sur la liste d'un zemmouriste à Bourg-en-Bresse, LR qui ne les exclut pas, ne présente pas de candidat et ne soutient pas celui d'Horizons... La préfecture de l'Ain expérimente une union entre droite et extrême droite aux municipales.
Le vice-président LR du Conseil départemental Pierre Lurin, et une élue du parti Marie-Jo Bardet, figurent sur une liste emmenée par Benoît de Boysson, membre du Conseil national du parti d'extrême droite Reconquête.
"Nous n'avons demandé l'investiture d'aucun parti, ni LR ni Reconquête", souligne M. de Boysson, tout en assurant à l'AFP que sa liste est composée "majoritairement" de sympathisants ou membres de LR.
Une situation épinglée mercredi par le secrétaire général du PS Pierre Jouvet, qui a affirmé avoir une "liste de 15 pages" d'accords entre LR et l'extrême droite et cité précisément Bourg-en-Bresse.
"Nous avons interdit l'utilisation de notre logo" par la liste de M. de Boysson et "refusé de les investir", a répliqué jeudi le président de LR Bruno Retailleau, accusant en retour les socialistes de sceller des "accords de la honte" avec LFI.
"La direction des Républicains laisse faire et regarde ailleurs, c'est une totale hypocrisie", s'amuse Jean-François Debat, le maire socialiste élu au premier tour depuis 18 ans à Bourg-en-Bresse et qui brigue un nouveau mandat.
Pour preuve, dit-il: LR s'est bien gardé d'exclure ces deux élus, n'a pas présenté de liste dans une ville-préfecture de 45.000 habitants qui vote pourtant majoritairement à droite aux scrutins nationaux, et ne soutient même pas celle du candidat Horizons Christophe Coquelet.
-"LR regarde ailleurs"-
"J'ai écrit à M. Retailleau en novembre pour solliciter son soutien parce que LR le fait pour d'autres candidats Horizons ailleurs: aucune réponse", déplore Christophe Coquelet qui voit, lui aussi, dans ce silence un "soutien passif" à la liste "d'extrême droite".
Benoît de Boysson saluait lui-même, mi-février, "une forme de soutien passif" et "la position courageuse des Républicains et Retailleau".
"Ma liste, +Bourg Ambition - la Droite unie+, est sans étiquette, ce n'est ni une liste Reconquête, ni une liste LR", insiste-t-il toutefois.
Ses affiches ne mentionnent certes ni Reconquête ni Eric Zemmour, le pourfendeur d'un "grand remplacement", condamné plusieurs fois pour incitation à la discrimination, la haine ou l'injure raciale. Et contestation de crimes contre l'humanité en soutenant que Pétain et Vichy avaient "sauvé" des Juifs.
Mais Benoît de Boysson ne manque pas de mots pour chanter ses louanges. "Eric Zemmour est quelqu'un de lucide et courageux, prônant un volontarisme politique qui a manqué à la droite", plaide-t-il.
Pétain a sauvé des Juifs ? L'avocat de 44 ans, qui arbore fièrement la croix de Lorraine au revers de sa veste, élude la question: "ma filiation politique c'est le Gaullisme, et même le Gaullisme social, mais je suis un déçu de Sarkozy et de Chirac".
- "Inéluctable" -
Le secrétaire de la fédération LR de l'Ain, Alexandre Nanchi, botte en touche. Les investitures sont du ressort de la direction nationale et, puisque la préfecture a finalement classé la liste de Boysson en LDVD (divers droite), "le choix des deux élus n'est pas incompatible avec leur appartenance à LR", plaide-t-il.
Il y aura, outre les listes de Boysson, Coquelet et Debat, une liste RN emmenée par le député Jérôme Buisson, et une liste Lutte ouvrière (LO) de Sylvain Cousson.
"Nous sommes dans la région (Auvergne-Rhône-Alpes) de Laurent Wauquiez qui a préparé idéologiquement la droite depuis 10 ans à se rassembler avec l'extrême droite", estime M. Debat, dont les chances d'être rélu sont fortes face aux divisions à droite.
"Ce qui m'inquiète, c'est que cette alliance à Bourg préfigure ce qui se passera avec le RN au second tour de la présidentielle", déplore l'édile qui est aussi secrétaire national du PS aux collectivités locales.
Et d'ajouter: "je refuse que Bourg soit une souris de laboratoire du rassemblement de la droite et de l'extrême droite."
"Il n'y a pas grand-chose qui nous sépare", répond Benoît de Boysson, pour qui "l'union de toute la droite est inéluctable". Bourg est bien "un laboratoire pour les partis et pour les électeurs", revendique-t-il.

