Exécutions sommaires, viols collectifs, esclavage sexuel: des rebelles en Oromia, Etat régional le plus vaste et peuplé d'Ethiopie, ont commis de possibles crimes de guerre entre 2020 et 2024, notamment des viols de femmes et de jeunes filles, a dénoncé vendredi Amnesty international.
Dans cette vaste région de 40 millions d'habitants, qui entoure Addis Abeba et s'étend du centre au sud et de l'est à l'ouest sur environ un tiers du territoire éthiopien, les forces fédérales éthiopiennes (ENDF) affrontent depuis 2018 l'Armée de libération oromo (OLA), classée "organisation terroriste" par les autorités éthiopiennes.
L'ONG de défense des droits de l'Homme s'est entretenue avec dix survivantes de violences sexuelles dans deux districts de l'Oromia, dont sept étaient mineures quand elles ont été agressées. Amnesty a assuré avoir également recueilli des témoignages de professionnels de santé et examiné les dossiers médicaux des survivantes.
"Cinq ont également connu l'esclavage sexuel. Neuf ont été agressées par des combattants de (...) l'OLA, tandis qu'une a subi des violences de la part de soldats des Forces de défense nationale éthiopiennes et de membres de l'OLA", a affirmé Amnesty dans un communiqué.
Une mère et sa fille âgée de 12 ans ont été détenues plusieurs semaines dans une grotte et violées par plusieurs hommes de l'OLA, a poursuivi l'ONG.
"Pendant trois semaines, 15 hommes m'ont violée et ont violé mon enfant. Ils le faisaient à tour de rôle", a confié la mère à Amnesty.
"Ces violations répétées sont épouvantables" et il est "possible qu'elles constituent des crimes de guerre", a déclaré Tigere Chagutah, directeur régional d'Amnesty International, cité dans ce rapport.
"Dans un climat de secret permis par le blocage des communications et des médias", les combattants causent "d'immenses souffrances aux civils", a-t-il ajouté.
Ces atrocités "ont été perpétrées dans un climat d'impunité, sans susciter la moindre réaction si ce n'est le silence des partenaires et voisins de l'Ethiopie", a-t-il déploré.
Selon les récits rassemblés par Amnesty, des victimes ont été "violées par des combattants de l'OLA en représailles parce que leurs maris, frères ou pères appartenaient aux forces gouvernementales". Une d'entre elles a également affirmé que son mari avait été tué car il tentait de la protéger.
Plusieurs conflits armés, aux dynamiques diverses et sans liens entre eux, déchirent l'Ethiopie, deuxième pays le plus peuplé d'Afrique avec plus de 130 millions d'habitants.
L'Amhara, deuxième Etat régional le plus peuplé d'Ethiopie, est également en proie depuis 2023 à des affrontements entre l'armée éthiopienne et des milices communautaires entrées en rébellion.
Entre 2020 et 2022, un conflit a par ailleurs ravagé l'Etat régional du Tigré, le plus septentrional, faisant 600.000 morts, selon l'Union africaine. Plus de trois ans après la fin aux hostilités, des centaines de milliers de personnes restent déplacées et des tensions font craindre un nouveau conflit.

