Financement libyen: trois acteurs clés de l'affaire depuis décédés

D'abord le ministre Choukri Ghanem, puis le changeant intermédiaire Ziad Takieddine, et enfin le dauphin déchu Seif al-Islam Kadhafi: tous sont morts après avoir été des protagonistes de l'affaire sur les allégations de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Ziad Takieddine et ses variations

Colérique, imprévisible, ce ressortissant franco-libanais a beaucoup parlé, aux juges et aux journalistes, tantôt impliquant Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, tantôt se rétractant. Un de ses revirements, potentiellement monnayé, est au coeur d'un autre dossier qui pourrait valoir un nouveau procès à Nicolas Sarkozy.

En fuite au Liban, Ziad Takieddine avait été jugé par défaut en première instance. Malade, il est décédé à 75 ans en septembre 2025, juste avant la décision du tribunal correctionnel de Paris.

Ses déclarations ont trop varié, trop mêlé le vrai et le faux, pour que le tribunal y trouve le fondement des condamnations qu'il avait prononcées. Dans leur jugement de septembre, les magistrats relèvent "son intelligence et ses habiletés sociales qui lui ont donné les moyens de ses ambitions", mais aussi "l'aspect grandiose des aspirations et de l'image de soi", "sa tendance à utiliser autrui pour ses intérêts personnels". Ils rappellent aussi "le but d'enrichissement démesuré qui (l')animait".

En quête de commissions, il s'est employé à s'immiscer dans les relations commerciales franco-libyennes, à s'imposer en pont indispensable entre le régime de Mouammar Kadhafi et l'entourage de Nicolas Sarkozy, se servant de ses liens avec Brice Hortefeux puis avec Claude Guéant.

Se posant volontiers en "ambassadeur bis", il s'est rendu 55 fois en Libye entre 2005 et 2008. Le 5 mars 2011, à son retour d'un de ces périples, il était interpellé en possession d'1,5 million d'euros.

Seif al-Islam Kadhafi et ses menaces

Considéré comme le dauphin jusqu'à la débandade du régime Kadhafi en 2011, le fils du dictateur déchu a été assassiné à 53 ans, le 3 février dernier dans l'ouest de la Libye. Il était alors recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité lors de la répression de la rébellion à qui il avait promis des "rivières de sang".

Dans la procédure, il est décrit comme "un personnage à la libyenne", sans poste officiel, mais "qui tirait les ficelles".

Le 16 mars 2011, après le soutien apporté par Paris à la rébellion, il avait été le premier à évoquer sur Euronews un financement libyen de Nicolas Sarkozy: "Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents, les opérations de transfert, nous révèlerons tout prochainement."

Il n'a jamais mis ses menaces à exécution. A l'instar des accusations d'autres dirigeants libyens, ses allégations avaient été écartées en première instance, le tribunal donnant acte à Nicolas Sarkozy qu'elles avaient pu être motivées par une volonté de vengeance pour le lâchage du régime par Paris.

Choukri Ghanem et ses carnets

L'ex-chef du gouvernement libyen (2003-2006) et ministre du Pétrole, Choukri Ghanem, a été retrouvé noyé dans le Danube en avril 2012 à Vienne où il était refugié après sa défection, quelques mois avant la mort de Kadhafi en octobre 2011.

Le parquet de Vienne avait écarté la piste criminelle: victime d'un infarctus, cet homme de 69 ans s'était ensuite noyé. Son corps ne présentait pas de trace de violence et sa fille avait expliqué que son père s'était plaint la veille.

Son témoignage posthume, sous la forme de carnets, a pesé lourd dans la condamnation de Nicolas Sarkozy. Découvert en perquisition par la police néerlandaise lors d'une enquête distincte, ce journal a été transmis en 2016 à la France.

Choukri Ghanem y évoque un financement libyen de la campagne de 2007. A la différence des autres témoignages libyens, ces écrits sont antérieurs à la rupture entre le clan Kadhafi et Paris, ce qui écarte le soupçon d'accusations dictées par la vengeance. Ils remontent à avril 2007, entre les deux tours de la présidentielle remportée par Nicolas Sarkozy.

Choukri Ghanem donne des détails sur trois versements effectués par des dignitaires libyens, pour un total de 6,5 millions de francs. Or trois transferts d'argent équivalents ont été mis au jour par l'enquête. Celle-ci n'a pas établi que cet argent avait atterri dans les comptes de campagne. Choukri Ghanem livre une explication possible: "Il semblerait que les mecs en chemin l'ont détourné."

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