Une série de frappes sur une ville tenue par les paramilitaires dans le sud du Soudan a fait au moins 15 morts lundi, tandis que des combats ont éclaté à la frontière avec l'Ethiopie, plus à l'est.
Malgré les appels répétés des Nations unies à une trêve humanitaire au Soudan, les affrontements se sont intensifiés ces derniers mois entre l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), avec une multiplication des frappes de drones des deux camps, chacun soutenu par des pays alliés.
Dans l'Etat du Kordofan-Ouest, "15 corps et 23 personnes blessées ont été transférés de trois quartiers différents vers l'hôpital", après une attaque sur la ville de Lagawa, a affirmé lundi à l'AFP une source médicale, sous couvert de l'anonymat par souci de sécurité.
La région stratégique du Kordofan est devenue ces derniers mois un des fronts les plus violents de la guerre qui sévit depuis trois ans.
Les paramilitaires qui contrôlent l'Etat du Kordofan-Ouest ont accusé l'armée d'avoir mené la frappe sur Lagawa, en évoquant une campagne de "bombardements systématiques au moyen de drones, sur des hôpitaux, des marchés et des quartiers résidentiels des villes du Kordofan et du Darfour".
Les deux camps sont régulièrement accusés de crimes de guerre, notamment de bombardements indiscriminés et de ciblage de civils. Des frappes de drones quasi quotidiennes ont tué des civils par dizaines dans la région du Kordofan où l'armée tente d'endiguer l'avancée des FSR pour les repousser loin de la capitale Khartoum.
De leur côté, les troupes paramilitaires progressent vers le nord à partir des bastions de leurs alliés du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ancré dans le sud-est.
- "Rumeurs trompeuses" -
Dans cette partie du pays, des combats font rage depuis dimanche soir près de la ville d'Al-Kurmuk, située à la frontière de l'Ethiopie, dans l'Etat du Nil Bleu, selon deux sources, l'une côté armée, l'autre côté paramilitaires.
Les affrontements se sont poursuivis lundi dans la zone de Gurt près d'Al Kurmuk, une position clé de l'armée dans cette zone stratégique.
Les FSR et leurs alliés "ont tenté d'attaquer la zone de Gurt hier et aujourd'hui, mais nos forces les ont repoussées et leur ont infligé de lourdes pertes", selon la source côté armée.
Le commandement de la 4e division d'infanterie militaire a lui aussi affirmé dans un communiqué avoir "repoussé une attaque hostile" dans une zone désormais "stable et entièrement sous contrôle", en appelant la population à "ne pas prêter attention aux rumeurs trompeuses".
Mais côté FSR, on assure avoir "libéré Gurt" et poursuivre l'avancée vers Al-Kurmuk, en provoquant "de lourdes pertes" et en s'emparant "d'énormes quantités d'armes et de munitions".
Leur allié, le MPLS-N, a aussi affirmé avoir pris le contrôle de Gurt, dans un communiqué publié lundi.
- Craintes de régionalisation du conflit -
Le rôle de l'Ethiopie voisine dans le conflit a été questionné en mars quand l'armée soudanaise s'est indignée que des attaques de drones eurent été lancées "depuis l'intérieur du territoire éthiopien".
L'Ethiopie a démenti les accusations selon lesquelles elle abriterait des camps des FSR.
Alors que les Nations Unies s'inquiètent du risque de régionalisation du conflit, la frontière avec le Tchad, à l'autre bout de l'immense pays, a également vu ces dernières semaines plusieurs frappes mortelles. La plus récente a fait 17 morts mercredi du côté tchadien de la ville frontalière de Tiné.
L'armée et les FSR se sont mutuellement accusées d'être derrière cette frappe de drone.
Les deux camps se sont ensuite aussi rejeté la responsabilité de celle qui a fait, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), 64 morts deux jours plus tard sur l'hôpital à El-Daein, capitale de l'Etat du Darfour-Est.
A travers le Soudan, la guerre a fait des dizaines de milliers de morts et environ 11 millions de déplacés, avec une crise humanitaire majeure.

