Le tour de vis sécuritaire imposé par le pouvoir iranien depuis le début de la guerre a fait apparaître dans les rues de Téhéran des adolescents armés de mitrailleuses, suscitant malaise et inquiétude parmi les habitants.
Dès les premières semaines du conflit déclenché par l'offensive américano-israélienne le 28 février, des barrages tenus par des véhicules policiers ou militaires ont quadrillé les rues de la capitale.
Certains ont subi des frappes aériennes et ont disparu, d'autres subsistent, tandis que des adolescents, voire des enfants, renforcent désormais les patrouilles
Les autorités iraniennes ont confirmé qu'elles recrutaient aujourd'hui dès l'âge de douze ans pour gonfler les rangs du Bassidj, la force paramilitaire chargée notamment du maintien de l'ordre.
Un soir, en voiture, "je suis tombée sur deux postes de contrôle dans le nord de Téhéran, avec des adolescents de 13 ou 14 ans, armes à la main", se souvient une femme de 28 ans, qui a requis l'anonymat pour des raisons de sécurité.
L'un des garçons a ouvert la porte côté passager et s'est assis près d'elle.
"Il m'a demandé mon téléphone portable et tout vérifié, même mes photos. C'était extrêmement intrusif", raconte-t-elle dans un message transmis lundi à un journaliste de l'AFP hors d'Iran.
- Age minimum abaissé -
Contourner le blocage d'internet peut valoir une arrestation en Iran, où le réseau reste inaccessible. Et les personnes qui transmettent des informations à l'étranger peuvent être accusées d'espionnage.
Un autre résident de Téhéran a raconté à l'AFP la semaine dernière avoir passé un barrage militaire puis, "juste 100 mètres plus loin, il y avait plusieurs voitures civiles avec des adolescents qui arrêtaient les véhicules".
"Ils ouvrent les portes sans autorisation, ouvrent la boîte à gant, contrôlent les téléphones", a-t-il décrit.
Le recrutement de mineurs, assumé par les autorités, ravive chez les Iraniens le souvenir des années 1980, lorsque des milliers d'enfants et adolescents avaient combattu lors de la guerre Iran-Irak.
Selon Rahim Nadali, responsable d'une branche des Gardiens de la Révolution - l'armée idéologique de la République islamique - les unités du Bassidj ont été submergées de ces candidatures.
"Etant donné l'âge de ceux qui postulent, nous avons abaissé l'âge minimum à 12 ans, car les enfants de 12, 13 ans, veulent prendre part" à ces missions de patrouilles et de collecte de données, a-t-il déclaré la semaine dernière à la télévision d'Etat.
Ce déploiement signale-t-il un pouvoir acculé, en manque d'hommes, ou un virage plus radical des autorités? Les spécialistes divergent.
Le renforcement sécuritaire sur le terrain vise dans tous les cas à prévenir tout soulèvement populaire, auquel ont plusieurs fois appelé le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, s'accordent-ils.
- "Crime de guerre" -
Outre les barrages, les partisans du régime, parfois très jeunes, organisent des patrouilles nocturnes.
"Ils prennent des voitures équipées de haut-parleurs, ajoutent des drapeaux, et ils défilent dans les rues en faisant beaucoup de bruit et en scandant des slogans", a récemment raconté un autre habitant de la capitale.
"Ils vont dans un quartier différent chaque nuit et se filment pour pouvoir dire qu'ils ont beaucoup de sympathisants", a-t-il poursuivi.
Le but, observe Hamidreza Azizi, chercheur spécialisé sur l'Iran, est d'"empêcher toute manifestation de l'opposition".
"Le déficit de légitimité de la République islamique l'a conduite à s'appuyer sur sa minorité la plus radicale, qui s'est avérée efficace pour soutenir le régime en pleine guerre", a déclaré lundi cet expert de l'Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, lors d'une table ronde de l'International crisis group.
Le recrutement d'enfants de moins de 15 ans "à des fins militaires" constitue "un crime de guerre", a de son côté fustigé l'ONG Human Rights Watch.
"Cela se résume à un simple constat", a pointé dans un communiqué Bill Van Esveld, chargé des droits des enfants chez HRW: "les autorités iraniennes sont apparemment prêtes à mettre la vie d'enfants en danger pour disposer d'effectifs supplémentaires".
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