Trump célèbre la destruction d'un pont en Iran, Téhéran exclut de se rendre

Les Etats-Unis et Israël continuent à bombarder l'Iran, détruisant notamment des infrastructures civiles, sans que la riposte de Téhéran ne paraisse fléchir.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont revendiqué dans la nuit de jeudi à vendredi le tir de missiles "longue portée" en direction de Tel-Aviv et de la station balnéaire d'Eilat (sud).

L'armée israélienne, de son côté, a dit contrer des missiles en provenance d'Iran.

Comme depuis le début du conflit déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, Téhéran a aussi continué à prendre pour cible des intérêts liés aux Etats-Unis dans le Golfe.

Le président américain Donald Trump avait applaudi un peu plus tôt la destruction d'un pont près de la capitale iranienne et appelé les dirigeants iraniens à conclure un accord "avant qu'il ne soit trop tard".

L'attaque du pont a causé la mort de huit civils et fait 95 blessés, selon un responsable iranien cité par des médias locaux.

"Frapper des infrastructures civiles, y compris des ponts inachevés, ne poussera pas les Iraniens à se rendre", a réagi le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, sur X.

Dans la matinée, des frappes avaient fortement endommagé l'Institut Pasteur d'Iran, un établissement de santé clé et centenaire de Téhéran. Les deux principales aciéries du pays ont annoncé suspendre leur activité en raison d'attaques.

"Les attaques délibérées à l'encontre des services essentiels et des infrastructures civiles peuvent constituer des crimes de guerre", soulignait récemment la présidente du Comité international de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric.

- "Impacts dramatiques" -

Après plus d'un mois de conflit et des milliers de morts au Moyen-Orient, "nous sommes au bord d'une guerre plus large (...) avec des impacts dramatiques à travers la planète", s'est alarmé le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

Les rebelles houthis pro-iraniens du Yémen se sont récemment joint au conflit en tirant vers Israël.

La confrontation se joue en parallèle au Liban, depuis lequel opère le Hezbollah, allié historique de Téhéran.

Selon les autorités libanaises, les hostilités ont fait plus de 1.300 morts et plus d'un million de déplacés.

Donald Trump a dit mercredi soir dans une allocution prévoir encore "deux à trois" semaines de frappes pour renvoyer l'Iran "à l'âge de pierre".

Malgré les bombardements, des Téhéranais ont profité du dernier jour des festivités de Norouz, le Nouvel an persan, en se retrouvant au parc pour un barbecue ou fumer une chicha.

La guerre "ne perturbe absolument rien pour nous", a affirmé à l'AFP Hakim Rahimi. "Trump parle beaucoup, mais il est incapable d'agir", a encore estimé cet ouvrier métallurgiste de 43 ans.

- "Impuissants" -

La guerre déstabilise aussi l'économie mondiale du fait du blocage de facto par l'Iran du détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique pour le pétrole du Golfe mais aussi les engrais ou encore l'aluminium.

Les prix du brut ont encore bondi jeudi, aucune issue au conflit ne se dessinant.

Si de rares navires passent encore le détroit avec l'aval de Téhéran, le trafic y a chuté de 93% par rapport à la situation en temps de paix, selon la société d'analyse maritime Kpler.

Une spirale inflationniste s'est enclenchée.

Jusqu'au Bhoutan par exemple. Malgré des subventions, les prix à la pompe ont augmenté de plus de 60% en un mois dans le petit royaume de l'Himalaya. "Nous sommes impuissants", a dit à l'AFP une habitante de 40 ans, Karma Kalden.

- Tractations diplomatiques -

Sur le front diplomatique, une quarantaine de pays ont plaidé pour la "réouverture immédiate et inconditionnelle" du détroit d'Ormuz, accusant l'Iran de vouloir "prendre en otage l'économie mondiale".

Aux Nations Unies à New York, Bahreïn porte depuis une dizaine de jours un projet de résolution pour autoriser l'usage de la force afin de libérer le détroit d'Ormuz. Un vote est prévu vendredi.

Pékin, qui a un droit de veto, a qualifié les attaques américano-israéliennes de "cause première" du blocage et appelé à des pourparlers "au plus vite".

burx-myl/ph

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