Trump s'affranchit des conventions en n'excluant pas des crimes de guerre potentiels

En menaçant de détruire le réseau électrique de l'Iran et de renvoyer les 90 millions d'habitants du pays "à l'âge de pierre", Donald Trump s'affranchit sans prendre de gants des conventions: il n'exclut pas des actes considérés comme de possibles crimes de guerre.

Selon des experts, il est pourtant peu probable que le président américain, dont l'administration s'emploie activement à saper les institutions internationales chargées de faire respecter les normes, s'expose à des conséquences, au moins à court terme.

Les Conventions de Genève, qui régissent les lois de la guerre, interdisent la destruction "d'objets indispensables à la survie de la population civile". En 2024, la Cour pénale internationale (CPI) a inculpé quatre responsables militaires russes pour des frappes systématiques contre le réseau électrique de l'Ukraine.

Donald Trump semble n'en avoir cure. Si les Iraniens ne concluent pas avec lui un accord aux contours non spécifiés, les forces américaines "frapperont chacune de leurs centrales électriques, sans exception", a-t-il affirmé mercredi.

"Dans les deux à trois semaines qui viennent, nous allons les ramener à l'âge de pierre, là où est leur place", a-t-il ajouté, changeant de ton après avoir affiché au début de la guerre le 28 février l'objectif d'aider les Iraniens à renverser leur impopulaire gouvernement théocratique.

Jeudi, le président américain a publié des images de la destruction d'un pont emblématique près de Téhéran. "Bien d'autres à venir!", a-t-il claironné. L'Iran a signalé de son côté d'importants dégâts sur un centre de recherche médicale centenaire, l'Institut Pasteur.

Donald Trump a aussi menacé d'attaquer des puits de pétrole, en dépit de la condamnation internationale des forces irakiennes qui avaient incendié des installations pétrolières lors de leur retrait du Koweït en 1991, pendant la première guerre du Golfe.

Son ministre de la Défense, Pete Hegseth, s'est félicité de "la mort et la destruction venues du ciel toute la journée" sur l'Iran et a promis de rejeter des "règles d'engagement stupides".

- Impact sur les civils -

La destruction des centrales électriques aurait un impact "dévastateur pour le peuple iranien", en privant de courant des hôpitaux et en interrompant l'approvisionnement en eau et d'autres besoins vitaux, estime Sarah Yager, directrice de l'ONG Human Rights Watch à Washington.

"L'armée américaine a des protocoles conçus pour limiter ce type de dommages à la population civile. Mais quand le président parle de cette manière, le risque est d'envoyer un signal indiquant que ces contraintes sont facultatives. C'est ce qui rend ce moment si dangereux", déclare-t-elle.

Le droit international n'autorise les attaques contre des centrales énergétiques et d'autres cibles en apparence civiles que s'il est avéré qu'elles servent principalement à une activité militaire.

Or, les propres déclarations de Donald Trump indiquent le contraire, estime Tom Dannenbaum, professeur à la faculté de droit de Stanford.

"La référence à l'âge de pierre indique que des objectifs seraient visés apparemment parce qu'ils contribuent à la viabilité d'une société moderne en Iran, ce qui n'a absolument aucun rapport avec la question de la contribution à l'action militaire", explique-t-il.

Pour Robert Goldman, spécialiste des crimes de guerre à l'American University Washington College of Law, le président américain "ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre".

"Trump a répété que les Etats-Unis avaient un contrôle total du ciel et que nous pouvons frapper n'importe quoi (...). Attaquer maintenant une centrale électrique serait, à mon sens, totalement disproportionné parce que cela a des conséquences totalement prévisibles pour les civils", fait valoir l'expert.

Parallèlement, M. Goldman souligne que les représailles promises par l'Iran pourraient aussi constituer des crimes de guerre, si par exemple elles visaient des usines de dessalement dans des pays arabes alliés des Etats-Unis souffrant de graves pénuries d'eau.

- Poursuites improbables -

Les risques immédiats en cas de crimes de guerre des Etats-Unis apparaissent limités pour Donald Trump, Pete Hegseth ou d'autres responsables américains.

L'administration Trump a cherché à neutraliser la CPI à la suite du mandat d'arrêt délivré contre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, à propos de Gaza. Peu de gens s'attendent à ce que la cour basée à La Haye vise des Américains, et aucun des pays engagés dans le conflit en cours -États-Unis, Israël ou Iran- n'en est membre.

Tom Dannenbaum rappelle toutefois que les crimes de guerre relèvent de la compétence universelle et sont imprescriptibles. Cela signifie qu'à terme, n'importe quel pays pourrait théoriquement engager des poursuites.

"Même lorsque les conditions politiques sont telles qu'une affaire de crimes de guerre a peu de chances de déboucher immédiatement sur des poursuites, cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de comptes à rendre ultérieurement", estime-t-il.

Robert Goldman juge pour sa part que le principal risque pour les Etats-Unis concerne leur réputation. Et que saper les Conventions de Genève pourrait avoir des conséquences dangereuses pour un pays fréquemment en guerre.

"Si nous mettons les règles de côté quand ça nous arrange, pourquoi nos adversaires ne le feraient-ils pas aussi? Cela pourrait nous revenir en boomerang plus tard", conclut-il.

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