Pérou: trois figures atypiques pour une présidentielle éclatée

La fille d'un ancien président autocrate, un humoriste de la télévision et un homme d'affaires admirateur de Donald Trump : trois figures de la droite émergent dans la présidentielle de dimanche au Pérou, disputée par un record de 35 candidats.

Keiko Fujimori arrive en tête des derniers sondages, qui anticipent un second tour entre elle et le vainqueur d'un duel entre Carlos Alvarez et Rafael Lopez Aliaga, dans un pays plongé dans une instabilité politique chronique et confronté à une montée de la criminalité.

- La dynastie Fujimori -

Fille ainée du défunt président Alberto Fujimori (1990-2000), Keiko Fujimori, 50 ans, incarne l'héritage du fujimorisme, mélange d'autoritarisme, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique.

Son influence reste liée à la figure de son père, condamné à 25 ans de prison pour corruption et crimes contre l'humanité, mais encore crédité par certains d'avoir vaincu la guérilla du Sentier lumineux (1980-2000) et jugulé l'hyperinflation.

"Notre pays a besoin d'ordre. Et nous y sommes déjà parvenus" dans les années 1990, a-t-elle déclaré lors d'un récent débat télévisé.

"Après la disparition du père, elle est la cheffe incontestée de la dynastie et du fujimorisme", note le politologue Carlos Melendez.

A la tête de Fuerza Popular depuis 2006, elle axe son discours sur la lutte contre l'insécurité, promettant une "main ferme" dans un ton plus mesuré qu'auparavant.

Créditée de 15% des intentions de vote, elle propose de rétablir les "juges sans visage", des magistrats anonymes utilisés sous le régime de son père, une pratique controversée.

Candidate pour la quatrième fois, cette mère de deux filles formée aux Etats-Unis tente de s'imposer après trois échecs consécutifs.

- L'outsider -

En progression dans les sondages, l'humoriste Carlos Alvarez, 62 ans, s'impose comme la principale surprise de la campagne.

Relégué dans un premier temps, il a ravi à Rafael Lopez Aliaga la deuxième place à une semaine du scrutin, avec une courte avance.

A la tête du parti Pais para todos, il a un discours de droite radicale, proposant notamment la "peine de mort" pour les tueurs à gages. Ils "ne méritent pas de vivre", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Alvarez est un outsider à part entière. Ceux qui cherchent quelqu'un de nouveau en politique le perçoivent comme une alternative", souligne le politologue Carlos Melendez.

Il est une figure emblématique de la télévision, reconnu pour ses imitations de responsables politiques.

- Droite chrétienne -

Catholique ultraconservateur et homme d'affaires fortuné, Rafael Lopez Aliaga, 65 ans, incarne un nationalisme chrétien assumé, ponctué de références à Donald Trump.

Candidat pour la deuxième fois à la présidentielle, arrivé troisième en 2021, il a été maire de Lima entre 2023 et 2025.

Dans une récente interview, il s'est dit engagé en politique "par amour".

Ce célibataire membre laïc de l'Opus Dei, a affirmé par le passé réprimer ses désirs sexuels par la prière et pratiquer la mortification corporelle.

A la tête de Renovacion Popular, il promet d'expulser les migrants en situation irrégulière et de durcir la lutte contre la criminalité, allant jusqu'à proposer des colonies pénitentiaires en pleine jungle.

Surnommé "Porky" en raison de sa ressemblance supposée avec le personnage de dessin animé Porky Pig, cet ingénieur de formation a notamment fait fortune dans le transport ferroviaire touristique entre Cusco et le Machu Picchu.

- Une gauche en embuscade -

D'autres candidats pourraient se hisser au second tour : en 2021, Pedro Castillo, élu président (2021-2022), n'apparaissait que septième dans les sondages une semaine avant le premier tour.

Parmi eux, notamment à gauche, Roberto Sanchez, 57 ans, psychologue de formation et ancien ministre du Commerce extérieur et du Tourisme sous le gouvernement de Castillo, capitalise sur le rejet des partis traditionnels. Son électorat le plus solide se situe dans les zones rurales et pauvres du sud andin.

Il propose de convoquer une Assemblée constituante pour remplacer la Constitution de 1993, promulguée par Alberto Fujimori, dont il rejette le modèle économique libéral. Il promet aussi de gracier Pedro Castillo, qui purge une peine de 11 ans de prison pour un coup d'Etat avorté.

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