Un ex-haut gradé hutu renvoyé devant les assises à Paris pour complicité de génocide au Rwanda

La justice française a décidé mercredi le renvoi devant les assises spéciales d'un ancien lieutenant-colonel hutu, Cyprien Kayumba, soupçonné de livraisons d'armes ayant servi à exterminer des Tutsi lors du génocide de 1994 au Rwanda, a appris l'AFP de source judiciaire.

M. Kayumba avait bénéficié en janvier 2025 d'un non-lieu par une juge d'instruction du pôle crimes contre l'humanité du tribunal de Paris. Mais le parquet national antiterroriste (Pnat), qui demandait un procès pour complicité de génocide et de crimes contre l'humanité, avait aussitôt fait appel.

La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a ainsi donné raison au Pnat, infirmant l'ordonnance de non-lieu, comme l'avait demandé l'avocat général dans son réquisitoire daté du 14 janvier et que l'AFP a pu consulter.

Le septuagénaire, qui a toujours affirmé ignorer que ces armes étaient destinées aux massacres des Tutsi, sera donc jugé, à une date encore non précisée, des chefs de complicité de génocide et complicité de crimes contre l'humanité, devant la cour d'assises de Paris spécialement composée.

La chambre de l'instruction a ordonné son placement sous contrôle judiciaire, avec interdiction de sortir du territoire national, remise de son passeport et obligation de pointage.

Cyprien Kayumba, âgé de 71 ans et d'origine hutu, a fait toute sa carrière dans l'armée rwandaise. Il était, au moment du génocide, directeur des services financiers au sein du ministère de la Défense, et chargé de la commande et de la livraison des armes.

Au soir de l'attentat contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana - considéré comme l'élément déclencheur du génocide le 6 avril 1994 - il a participé à la réunion de crise de l'état-major, où était présent notamment le colonel Théoneste Bagosora, considéré comme le "cerveau du génocide" des Tutsi.

Le 19 avril 1994, il est envoyé à l'étranger, notamment en France, pour tenter de faire exécuter des contrats d'armement déjà signés mais suspendus.

Au cours de l'enquête, Cyprien Kayumba a affirmé qu'il exécutait les ordres du ministre de la Défense, qu'il n'était pas responsable de la distribution des armes et qu'il ignorait qu'elles pouvaient finir dans les mains des miliciens Interahamwe ou que l'armée participait elle-même aux massacres, une position "particulièrement peu crédible" selon l'avocat général.

"Ni idéologue, ni connu comme étant particulièrement virulent dans ses propos à l'endroit des Tutsi, Cyprien Kayumba n'en a pas moins soutenu dès les premiers instants les actions menées par le pouvoir militaire", a expliqué l'avocat général.

Le magistrat instructeur avait de son côté estimé qu'il n'y avait "pas d'éléments à charge suffisants pour caractériser son soutien ou sa complicité dans la commission des crimes".

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