Ethiopie: dans une zone contestée du nord, les Tigréens victimes de discriminations, déplore HRW

Des Tigréens, peuple du nord de l'Ethiopie, sont victimes de discriminations et de détentions arbitraires au Tigré occidental, zone contestée et gérée par des nationalistes de l'Etat régional voisin de l'Amhara, a dénoncé mercredi Human Rights Watch, évoquant de possibles "crimes contre l'humanité".

Des milices amhara contrôlent cette zone depuis le conflit ayant opposé entre 2020 et 2022 les forces fédérales - auxquelles elles ont prêté main-forte - aux autorités régionales du Tigré, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Appelées Wolkait par les nationalistes amhara qui les considèrent comme un territoire ancestral amhara, les terres fertiles du Tigré occidental ont été intégrées à l'Etat régional du Tigré par la Constitution de 1991, rédigée à l'arrivée du TPLF à la tête de l'Ethiopie, qu'il a dirigée jusqu'à l'arrivé au pouvoir en 2018 de l'actuel Premier ministre Abiy Ahmed.

"Les autorités et forces de sécurité dans la zone contestée du Tigré occidental (...) détiennent arbitrairement des Tigréens et imposent un système discriminatoire qui restreint sévèrement leur liberté de mouvement, leur accès à l'emploi et aux services", affirme mercredi HRW dans un rapport.

Un accord signé fin 2022, qui a mis fin au conflit au Tigré, prévoit le départ de toutes les forces autres que fédérales de l'ensemble de l'Etat régional, où des centaines de milliers de personnes, dont beaucoup originaires du Tigré occidental, restent déplacées.

"Les autorités éthiopiennes et leurs partenaires semblent obstinément refuser de voir que les Tigréens sont traités comme des citoyens de seconde zone" au Tigré occidental, souligne Laetitia Bader, directrice adjointe pour l'Afrique de l'ONG.

Sollicitées par l'AFP, les autorités fédérales n'ont pas répondu dans l'immédiat.

HRW a interrogé à distance 40 personnes, certaines résidant au Tigré occidental, d'autres ayant fui vers des camps où elles vivent dans des "conditions précaires".

Un habitant de 20 ans du Tigré occidental a affirmé avoir "peur de se déplacer". "Si les forces de sécurité vous trouvent, elles vous battent violemment (...) Nous ne nous déplaçons que lorsque c'est absolument nécessaire".

Dans un rapport de 2022, Amnesty international et HRW affirmaient que les nouvelles autorités du Tigré occidental, "avec la complicité des forces fédérales éthiopiennes", avaient mené une campagne de nettoyage ethnique visant les civils tigréens, évoquant des crimes de guerre et contre l'humanité.

"Si les abus graves se poursuivent - notamment les détentions illégales, les transferts forcés et les persécutions - ils pourraient également constituer des crimes contre l'humanité", poursuit HRW dans son nouveau rapport, exhortant le gouvernement fédéral éthiopien et ses partenaires internationaux de "cesser d'ignorer la crise au Tigré occidental".

Plus de trois ans après la fin de la guerre, la situation dans le nord de l'Ethiopie reste précaire, sur fond de tensions croissantes entre les autorités fédérales et le TPLF, laissant craindre un nouveau conflit.

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