Homophobie: "Lutter sans relâche contre les stéréotypes destructeurs", insiste l'office contre les crimes de haine

Des insultes, dans la rue, sur les réseaux sociaux, des agressions mais aussi des guet-apens homophobes: les personnes LGBT+ sont victimes de faits "destructeurs" qu'elles peinent encore à dénoncer, ce à quoi s'attèlent "sans relâche" les gendarmes de l'Office central contre les crimes de haine.

"Ce qui est inquiétant c'est le stéréotype. On agresse un homosexuel parce que ces agresseurs l'imaginent pédophile : c'est le stéréotype qu'on a derrière ce genre d'infraction. Ce sont des stéréotypes destructeurs pour la société, et extrêmement destructeur pour la victime", relève auprès de l'AFP le colonel Nicolas Philippotin, chef de l'Office central de lutte contre les crimes contre l'Humanité et les crimes de haine (OCLCH).

Alors que ce dimanche marque la journée mondiale contre l'homophobie, la transphobie et la biphobie, le colonel, à la tête depuis début mars d'une équipe de 40 personnes, dont une dizaine dédiée aux crimes de haine créée en 2021, entend "lutter contre ces raccourcis terribles et extrêmement graves".

En 2025, en France, près de 5.000 crimes ou délits ont été enregistrés, soit une hausse de 2% par rapport à 2024, selon les chiffres du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI). Celui-ci pointe un recours au dépôt de plainte "extrêmement faible parmi les victimes" (environ 3%), avec seulement 8% de l'ensemble des victimes de violences à caractère discriminatoire citant l'orientation ou l'identité sexuelle comme motif supposé.

"Quand un homosexuel se fait agresser dans la rue, il se fait aussi souvent voler son portefeuille, et c'est toujours difficile de caractériser le mobile homosexuel si on ne fait pas le travail d'enquête correctement", souligne le chef de l'OCLCH qui s'appuie sur un réseau de référents pour une meilleure prise en charge dans les commissariats de police et les brigades de gendarmerie.

"On s'est rendu compte, et c'est le cas aussi dans d'autres types de crimes de haine, que bien souvent la circonstance aggravante était difficile à matérialiser pour les enquêteurs qui n'en avaient pas l'habitude", explique Nicolas Philippotin, dont l'Office collabore étroitement avec la DILCRAH (Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme), pour la partie administrative, et avec le PNLH (Pôle national de lutte contre la haine en ligne) sur le plan judiciaire.

Le colonel exhorte les victimes "à avoir ce courage de dénoncer les faits" car "ceux qui se livrent à ce genre d'actes sont des gens qu'on retrouve dans d'autres types de haine. Ils sont en général antisémites, aussi racistes et puis homophobes mais, surtout, il existe un risque de réitération ".

- "Résonance particulière" -

"La majorité des gens n'insultent pas, ne frappent pas. On est donc face à une minorité. Et cette minorité-là, il est important de ne surtout pas lui laisser un espace pour développer son discours de haine", défend-il.

Pour lui, "aujourd'hui, avec les plateformes numériques et les réseaux sociaux, on est dans une époque où finalement, il y a assez peu de responsabilisation, et l'anonymat permis par les réseaux sociaux désinhibe complètement les gens".

"C'est une réalité, mais je pense qu'au fond, la société est moins homophobe qu'elle ne l'était dans le passé. Mais il y a quand même une facilitation avec les réseaux sociaux et une résonance particulière que ces propos n'avaient pas auparavant", dit-il.

L'OCLCH travaille actuellement sur une centaine de dossiers sur la partie crime de haine. "La vraie difficulté aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux qui ne coopèrent pas, qui refusent de répondre aux réquisitions judiciaires".

"Et on se rend compte qu'un certain nombre d'auteurs sur ces crimes de haine utilisent les frontières pour se protéger des poursuites", regrette le colonel, qui appelle à ce que tous les pays d'Europe parlent "d'une même voix".

"Quand la société a un discours décomplexé à l'égard de certaines personnes, que ce soit les roms, les juifs, les homosexuels, à la fin, ça peut engendrer des crimes beaucoup plus graves. Il y a vraiment une importance à ne pas banaliser ces discours", rappelle M. Philippotin.

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