Un ancien directeur d'une prison libyenne accusé de crimes de guerre a été décrit mardi à la Cour pénale internationale comme un "bourreau notoire", ainsi qu'un "ange de la mort", qui aurait violé, torturé et tué des détenus.
Khaled Mohamed Ali El Hishri, qui comparaît pendant trois jours d'audiences préliminaires face à la CPI, est soupçonné de 17 chefs d'accusation de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre qui auraient été commis à la prison de Mitiga, près de Tripoli, de février 2015 à début 2020.
"Khaled El Hishri était bien connu pour être un tortionnaire notoire à la tête de la prison de Mitiga", a affirmé face aux juges la procureure-ajointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan.
M. El Hishri, 47 ans, a été décrit par un témoin anonyme comme "l'un des pires instigateurs de violences" à la prison, tandis qu'un autre témoin l'a surnommé "l'ange de la mort", a poursuivi Mme Khan.
"L'une de ses méthodes de torture préférées, d'après les témoins, consistait à tirer sur les gens, notamment sur leurs jambes et leurs genoux", a affirmé la procureure.
Selon l'accusation, M. El Hishri dirigeait d'une main de fer la prison, dans laquelle les détenus ont été soumis à des conditions de détention "inimaginables", comprenant de graves souffrances physiques et psychologiques.
Un témoin a rapporté que les cellules étaient tellement surpeuplées que certains prisonniers dormaient à tour de rôle par terre, couchés sur le côté.
- Viols et tortures en guise "d'exemple" -
La procureure a ajouté que M. El Hishri "utilisait" les maladies qui sévissaient dans la prison "comme arme" en plaçant les détenus dans des cellules où ils risquaient d'être contaminés.
M. El Hishri aurait personnellement violé, assassiné et torturé des prisonniers pour servir d'"exemple" aux autres gardiens, a déclaré la procureure.
Le suspect, vêtu d'un costume et d'une cravate bleus, est resté impassible tout au long de l'audience, hochant parfois la tête.
Ses avocats prendront la parole plus tard mardi.
Selon la CPI, un "nombre important" de personnes sont décédées des suites de tortures pendant le mandat de M. El Hishri à la prison.
Les audiences dites de "confirmation des charges" se dérouleront jusqu'à jeudi à la Cour qui siège à La Haye, et évalueront la crédibilité des accusations portées contre M. El Hishri, afin de déterminer si un procès aura lieu.
Par la suite, les juges auront 60 jours pour se prononcer.
M. El Hishri est le premier suspect à comparaître devant la CPI dans le cadre de l'enquête menée en Libye depuis 2011 par la Cour, sous mandat de l'ONU.
Ce pays nord-africain, riche en pétrole, est toujours aux prises avec les conséquences du conflit armé et du chaos politique qui ont suivi le soulèvement de 2011, soutenu par l'OTAN, ayant renversé Mouammar Kadhafi.
- "Le cauchemar continue" -
La Libye est depuis divisée avec deux exécutifs parallèles: l'un à Tripoli (ouest), dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l'ONU, et l'autre basé à Benghazi (est), sous l'autorité de Khalifa Haftar, dirigeant de l'Armée nationale libyenne.
La CPI juge des individus pour les crimes les plus graves au monde, notamment les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité.
La Cour recherche également Osama Almasri Najim, chef de la police judiciaire libyenne, pour des faits liés à des crimes présumés commis à la prison de Mitiga.
M. Najim avait été arrêté en Italie, puis relâché et renvoyé en Libye, déclenchant une vive polémique politique en Italie et suscitant la consternation au sein de la CPI.
Lors de l'audience de mardi, Mme Khan a rendu hommage à ses victimes présumées, dont la vie a été "brisée" par les mauvais traitements subis en prison.
"Pour eux, le cauchemar continue", a-t-elle déclaré, décrivant les souffrances mentales et physiques que ressentent encore de nombreux anciens détenus.

