Trump, "aspirant dictateur", devrait affronter la justice internationale, selon le chasseur de dictateurs Reed Brody

Donald Trump, "aspirant dictateur" devrait être traduit devant la justice internationale pour la guerre en Iran et son soutien aux actions d'Israël, affirme l'avocat américain Reed Brody, surnommé le chasseur de dictateurs, dans un entretien à l'AFP.

Cet ancien procureur, qui a poursuivi pendant des décennies des dirigeants pour violations des droits de l'Homme, qualifie l'action d'Israël à Gaza de "génocide".

Il a par ailleurs dans son viseur les co-présidents du Nicaragua, Daniel Ortega et son épouse Rosario Murillo, que lui et un groupe d'experts de l'ONU accusent de crimes contre l'Humanité.

Reed Brody, fils d'un survivant des camps nazis, participe au Panama au festival littéraire Centroamérica Cuenta, où il a présenté son livre "La traque d'Hissène Habré "To catch a dictator: The pursuit and trial of Hissène Habré").

Parmi ses victoires judiciaires, figure le procès à l'issue duquel l'ancien président du Tchad Hissène Habré a été condamné à la perpétuité en 2016 pour crimes contre l'humanité. Il a également été aux côtés des victimes de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet et de l'ancien président gambien Yahya Jammeh.

QUESTION: comment capture-t-on un dictateur?

REPONSE: "L'essentiel est de placer les victimes au centre (...) afin de capter l'attention du public. Ensuite, la persévérance, la ténacité, l'obstination (...)... Il ne faut jamais abandonner".

Q: Est-il plus facile d'arrêter un dictateur aujourd'hui?

R: "Le droit pénal international a changé avec la création de la Cour pénale internationale (CPI), et l'arrestation de Pinochet en 1998 a été un point de bascule. Aujourd'hui, la situation est redevenue difficile, car les droits de l'Homme sont de plus en plus subordonnés à la lutte entre les puissances. La CPI a émis des mandats d'arrêt contre (le président russe Vladimir) Poutine, contre (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu, mais les chances qu'ils soient capturés et traduits en justice restent encore très faibles".

Q: Les dictateurs d'aujourd'hui sont-ils très différents de ceux d'autrefois?

R: "Tous ont en commun un mépris des règles démocratiques, du bien-être du peuple. Nous avons aux États-Unis, par exemple, un aspirant dictateur. Il fait tout pour anéantir les contre-pouvoirs et devenir dictateur (...). Je parle de Donald Trump".

Q: Trump doit-il être traduit en justice devant les tribunaux internationaux?

R: "Oui. De la même manière que Poutine a commis un crime d'agression (en Ukraine, NDLR), Trump, avec sa guerre contre l'Iran, est un présumé criminel pour avoir violé le principe fondateur de l'ordre international (...), la Charte des Nations unies. Il n'est pas au-dessus du droit international, il ne peut pas envahir un autre pays juste parce qu'il en a envie, il ne peut pas bombarder des navires dans les Caraïbes comme ça, ni sanctionner des juges internationaux par représailles (...). Il est également coupable de complicité des crimes commis par Israël à Gaza".

Q: Pensez-vous qu'un gouvernement va arrêter Trump?

R: "Le talon d'Achille de la justice internationale (...) c'est le deux poids, deux mesures, à commencer par Nuremberg, où les nazis furent jugés (...) et non les Américains, par exemple pour le bombardement de Dresde. Ou encore le tribunal de Tokyo, où les atrocités japonaises furent examinées, mais pas Hiroshima et Nagasaki. Les instruments de la justice internationale ont été presque exclusivement utilisés contre les ennemis vaincus ou les adversaires de l'Occident".

Q: Comment qualifiez-vous l'intervention d'Israël en Palestine?

R: "Je suis juif, mon père a survécu trois ans dans des camps de travail (...) mais je ne peux pas supporter qu'Israël, au nom du peuple juif, fasse aux Palestiniens ce que l'on a historiquement fait au peuple juif. J'élève ma voix autant que je le peux pour dénoncer les crimes et le génocide qu'Israël a commis à Gaza".

Q: Quels sont actuellement les plus grands dictateurs?

R: "Je commence toujours par Trump, parce que le danger, c'est qu'il essaie de devenir dictateur dans le pays le plus important du monde. Qu'il y ait un dictateur en Chine ou en Corée du Nord, ça, on le tient déjà pour acquis".

Q: Et en Amérique latine?

R: "Rosario Murillo et Daniel Ortega (...) ont imposé un silence total, ils ont transformé leur pays en un territoire où il n'existe aucun parti d'opposition, aucun média d'opposition, aucune ONG critique ni de contestation (...). À présent, ils essaient de réduire au silence les centaines de milliers de Nicaraguayens en exil".

Q: Beaucoup de gens ont célébré la capture de Nicolas Maduro au Venezuela, et maintenant les États-Unis font pression sur Cuba. S'agit?il de moyens pour en finir avec des gouvernements considérés comme autoritaires?

R: "Toute intervention qui ne place pas au centre les préoccupations et le bien-être du peuple ne peut pas être considérée comme légitime, pas plus que si elle ne bénéficie pas d'un consensus multilatéral. Je ne pense pas que l'intervention des États-Unis ait eu pour but de promouvoir le bien-être des Vénézuéliens".

Propos recueillis par Juan José RODRIGUEZ

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