France: l'organisateur d'une messe pour Pétain condamné pour contestation de crime contre l'humanité

Un octogénaire qui avait organisé en novembre en France une messe "en hommage au maréchal Pétain", qui engagea le pays dans la collaboration avec l'Allemagne nazie, a été condamné mercredi à 5.000 euros d'amende pour avoir affirmé que le chef du régime de Vichy avait "sauvé" des juifs.

Surnommé le "vainqueur" de la bataille emblématique de Verdun, dans l'est de la France, en 1916, Philippe Pétain a pris en 1940 la tête du régime de Vichy qui a collaboré avec l'Allemagne nazie. Il a été frappé d'indignité nationale en 1945 et condamné à mort, une peine commuée en prison à vie. Il est mort en détention en 1951.

Jacques Boncompain, 85 ans, président de l'Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), était poursuivi pour des propos tenus devant de nombreux journalistes le 15 novembre, à la sortie de cette messe à Verdun.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pétain "a sauvé, devant témoins je peux le dire, au moins 700.000 juifs", avait ainsi déclaré le vieil homme, selon une vidéo mise en ligne par le journal L'Est républicain.

Ces propos constituent une "minoration outrancière du nombre de victimes de la Shoah", a estimé le tribunal, condamnant M. Boncompain pour "contestation publique de crime contre l'humanité".

Plusieurs associations antiracistes et de défense des droits humains se sont félicitées du jugement.

M. Boncompain a toutefois été relaxé partiellement pour une autre phrase prononcée le même jour à Verdun, dans laquelle il déclarait que Pétain était "le premier résistant de France". Le tribunal n'a pas pu, sur la base des éléments fournis, déceler à quel moment cette phrase a été dite, et ainsi caractériser l'infraction.

L'octogénaire n'était pas présent à l'énoncé du délibéré, ni son avocat.

Joint par téléphone, il a déclaré à l'AFP avoir été condamné "sur des avis qui relèvent de la liberté d'expression", et n'a pas encore décidé s'il ferait appel ou non, souhaitant d'abord en parler avec son conseil.

La thèse consistant à dire que Philippe Pétain aurait "protégé les juifs français", est, selon plusieurs historiens, dénuée de tout fondement. Elle apparaît ultra-minoritaire dans le monde académique.

Elle est notamment contredite par l'arrestation avérée d'enfants français lors de la rafle du Vel d'Hiv de 1942 et fait fi du système de ségrégation mis en oeuvre dès 1940 par le régime de Vichy et frappant tout particulièrement les juifs français.

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