L'issue de la présidentielle péruvienne reste incertain lundi, les résultats encore incomplets ne permettant pas de dégager un vainqueur entre la candidate de droite Keiko Fujimori et son rival de gauche Roberto Sanchez pour diriger le pays plongé dans une crise politique persistante.
Les résultats partiels du scrutin de dimanche donnent 51,7% des voix à Keiko Fujimori contre 48,3% à Roberto Sanchez après le dépouillement de 80% des bulletins. Les décomptes rapides de deux instituts privés placent le candidat de gauche légèrement en tête.
Keiko Fujimori a reconnu qu'"il n'y a aucun vainqueur pour l'instant", estimant que de "longs jours s'annoncent", tandis que son rival a appelé à "attendre avec vigilance" les résultats définitifs.
Malgré l'incertitude, plusieurs milliers de partisans des deux camps se sont rassemblés dans la soirée dimanche dans différents secteurs de la capitale, agitant drapeaux et pancartes aux couleurs de leur candidat.
Dans le camp de Roberto Sanchez, la foule scandait: "On l'a fait!", comme si la victoire était déjà acquise. "Nous voulons un changement parce que nous sommes fatigués de la corruption du fujimorisme, qui gère le pays comme sa propriété privée", a déclaré Marlene Veramendi, 46 ans.
Dans un autre secteur de la ville, les partisans de Keiko Fujimori affichaient le même optimisme. "Je suis heureuse parce que je sais qu'elle sera une bonne présidente", a assuré Gladys Silva, femme au foyer de 56 ans.
Près de 27 millions de Péruviens ont voté au terme d'une journée qui s'est déroulée sans incident majeur, contrairement au premier tour perturbé par des dysfonctionnements et des accusations de fraude.
Aucun des deux prétendants n'avait suscité un large soutien lors du scrutin du 12 avril, marqué par un record de 35 candidats. Ensemble, ils avaient recueilli moins de 30% des voix.
Cette élection "traduit la division du pays (...). Quiconque l'emportera aura la moitié du pays contre lui", souligne auprès de l'AFP l'analyste Paulo Vilca, de l'Institut d'études péruviennes (IEP).
Le scrutin a une nouvelle fois mis en évidence la fracture entre la côte, où Keiko Fujimori est plus forte, et le sud andin rural et indigène, bastion de Roberto Sanchez.
- crise politique -
Keiko Fujimori, 51 ans, brigue la présidence pour la quatrième fois consécutive. Elle revendique l'héritage contrasté de son père, crédité par ses partisans d'avoir stabilisé l'économie et vaincu les guérillas des années 1980 et 1990, mais condamné pour corruption et crimes contre l'humanité.
Roberto Sanchez, député et ancien ministre de 57 ans, se présente pour la première fois, porté par un fort soutien dans les régions andines qui s'estiment délaissées par le pouvoir central.
Sans que cela n'affecte le second tour, un juge l'a renvoyé devant la justice pour de présumées irrégularités financières au sein de son parti.
Quel que soit le vainqueur, il héritera d'un pays plongé dans une crise politique persistante qui a vu se succéder huit présidents depuis 2016. Le Parlement, doté de larges pouvoirs, a contribué à la chute de plusieurs chefs de l'Etat.
L'insécurité constitue l'autre grande préoccupation des électeurs. Lima a enregistré 23 homicides pour 100.000 habitants en 2025, soit trois fois plus que cinq ans plus tôt.
La candidate de droite promet de déployer l'armée en soutien à la police, de démanteler les réseaux d'extorsion et d'expulser les étrangers en situation irrégulière condamnés pour des délits.
Elle se présente comme la candidate de la prospérité et met en garde contre le danger du "communisme". "Nous représentons le progrès, eux le recul", a-t-elle récemment lancé.
Roberto Sanchez défend une approche différente. Selon lui, la lutte contre la criminalité passe d'abord par le rétablissement de la confiance dans les institutions, le renforcement du système judiciaire et une réforme de la police.
Tout au long de sa campagne, il a porté le chapeau paysan offert par l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique l'héritage politique.
L'ancien instituteur est emprisonné depuis sa tentative avortée de dissoudre le Parlement en 2022. Roberto Sanchez a promis de le gracier s'il l'emporte.
Aucun des deux candidats ne dispose d'une majorité au Parlement. Le futur chef de l'Etat devra nouer des alliances s'il veut aller au terme de son mandat. Il prendra ses fonctions le 28 juillet.

