Nigeria: l'impunité alimente des allégations de génocide, selon une experte de l'ONU

La violence croissante et l'impunité des groupes armés portent atteinte à la liberté religieuse au Nigeria, a déclaré vendredi la rapporteuse spéciale des Nations unies sur ce sujet, ajoutant qu'il était compréhensible que des victimes "qualifient cela de persécution ou de génocide".

Les propos de Nazila Ghanea interviennent après des propos tenus l'année dernière par le président américain Donald Trump sur un supposé "génocide" des chrétiens au Nigeria, qui avaient suscité des tensions diplomatiques, Abuja rejetant cette accusation.

Le Nigeria est partagé entre un Sud majoritairement chrétien et un Nord à majorité musulmane. Il est confronté à de multiples conflits qui - outre l'insurrection jihadiste menée depuis 17 ans, impliquent des bandes criminelles, des violences entre agriculteurs et éleveurs.

Les chrétiens sont pris pour cible par les groupes jihadistes mais les musulmans sont eux aussi constamment visés. Et les conflits entre agriculteurs et éleveurs trouvent souvent leurs racines dans des conflits fonciers.

La faiblesse des forces de l'ordre nigérianes fait que les attaques restent souvent impunies dans les communautés rurales désertées par l'État.

La rapporteuse de l'ONU, qui mené des entretiens avec plus de 200 personnes lors d'une visite de deux semaines au Nigeria, a constaté que "les préoccupations sécuritaires" ont monopolisé les échanges.

"Lorsque, à la suite de ces crises, on constate à maintes reprises que justice n'est pas rendue, il est compréhensible que la victime commence à qualifier cela de persécution, voire de génocide", a déclaré Mme Ghanea, lors d'une conférence de presse à Abuja, la capitale.

Une crise entre Abuja et Washington avait éclaté l'an dernier après les propos sur un supposé "génocide" des chrétiens au Nigeria de Donald Trump, qui reprenait des accusations - rejetées par Abuja - de persécutions ciblées, portées aux Etats-Unis par certains élus conservateurs et organisations chrétiennes.

Depuis, les deux pays ont trouvé un terrain d'entente en lançant une campagne militaire conjointe contre les jihadistes.

Interrogée sur les propos du président américain, Mme Ghanea a déclaré ne pas pouvoir affirmer "qu'aucun génocide n'ait lieu nulle part au Nigeria", avant d'ajouter: "avons-nous constaté une instruction directe du gouvernement (...) visant délibérément à détruire une communauté religieuse plutôt qu'une autre ? Non, je n'en ai pas vu".

Mme Ghanea s'est rendue à Kano, la capitale économique du nord-ouest en proie au banditisme, et à Jos, la capitale de l'État du Plateau, où cohabitent différentes confessions religieuses.

De vastes zones du pays lui ont été interdites d'accès pour des raisons de sécurité, a-t-elle précisé.

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