Amnesty International a dénoncé mardi la volonté de l'Union européenne de renforcer sa coopération avec les autorités libyennes, alors que la répression visant les migrants "s'intensifie" dans le pays.
"L'Union européenne cherche à étendre sa coopération avec les autorités libyennes rivales et leurs groupes armés alliés, alors même que ces acteurs mènent une campagne d'une intensité croissante, alimentée par un discours xénophobe, d'arrestations de masse, de détentions arbitraires et d'expulsions collectives illégales", s'indigne l'ONG dans un rapport.
Selon Amnesty, aussi bien le gouvernement d'unité nationale basé à Tripoli et reconnu par l'ONU que son rival de Benghazi (est), l'exécutif parallèle contrôlé par le maréchal Khalifa Haftar et ses fils, se livrent et encouragent ouvertement cette répression.
"L'UE finance depuis longtemps le contrôle des mouvements migratoires en Libye par son soutien aux garde-côtes libyens, ce qui la rend déjà complice de terribles atteintes aux droits humains et de violences", affirme Diana Eltahawy, directrice adjointe pour l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, citée dans le communiqué de l'ONG.
"Étendre cette coopération aux groupes armés basés dans l'est du pays, connus pour commettre des crimes de guerre (...) en toute impunité, reflète un mépris choquant non seulement pour le droit international mais également pour la vie et la dignité humaines", ajoute-t-elle.
Selon l'ONG, cette coopération prévoit notamment la création d'un "centre de coordination des sauvetages maritimes à Benghazi", alors que "les garde-côtes libyens ont ouvert le feu sur un navire de secours de l'ONG Sea Watch" mi-mai, dans le troisième incident du même type en moins d'un an.
Mme Eltahawy appelle l'UE et ses Etats membres à "suspendre leurs politiques visant à retenir les personnes réfugiées en Libye".
La question migratoire provoque souvent des remous dans le pays, alimentés par un discours xénophobe sur les réseaux sociaux. Ces dernières semaines, des manifestations rassemblant régulièrement des centaines de Libyens devant les locaux de l'ONU à Tripoli, appelant à expulser les migrants en situation irrégulière.
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, passeurs et trafiquants ont profité du climat d'instabilité qui y règne pour développer des réseaux clandestins pour des migrants d'Afrique subsaharienne et de pays asiatiques souhaitant émigrer en Europe par la mer.
A la mi-2024, le Portail sur les données migratoires géré par l'OIM (Organisation internationale pour les migrations, ONU) recensait environ 900.000 migrants et réfugiés en Libye - souvent dans des conditions extrêmement dures.

