Des milliers de membres d'une puissante secte religieuse aux Philippines se sont rassemblés mardi à Manille pour protester contre l'arrestation imminente d'un de ses adeptes, un sénateur allié de la vice-présidente du pays visée par une procédure de destitution.
La manifestation, à l'appel de L'Eglise pour le Christ (INC), intervient au lendemain de l'annonce de la prochaine interpellation de Rodante Marcoleta pour malversations dans le cadre du financement de sa campagne électorale.
Le vote de M. Marcoleta contre la destitution de la vice-présidente Sara Duterte, dont le procès commence la semaine prochaine au Sénat, est considéré comme largement acquis.
Quelque 8.000 membres de l'INC, une organisation historiquement proche de la famille Duterte, sont rassemblés à Manille, "et nous nous attendons à ce que ce chiffre augmente", a affirmé la porte-parole de la police, Hazel Asilo, ajoutant que la manifestation avait provoqué "d'énormes embouteillages".
"Nous voulons faire entendre à ceux qui détiennent le pouvoir que même s'ils emprisonnent le sénateur Marcoleta, nous ne cesserons pas de réclamer justice", a déclaré le porte-parole de l'INC, Edwil Zabala, dans un message vidéo publié sur Facebook.
"Nous voulons leur faire savoir que la justice sélective est une injustice et que nous ne resterons pas silencieux", a-t-il insisté.
Le médiateur du gouvernement, Jesus Remulla, a dit lundi que M. Marcoleta devait être poursuivi pour ne pas avoir déclaré 75 millions de pesos (1,2 million de dollars) de contributions à sa campagne électorale restées inutilisées.
Le mois dernier, le sénateur pro-Duterte Jose "Jinggoy" Estrada avait été arrêté, soupçonné de corruption dans un vaste scandale de projets d'infrastructures anti-inondations présumées fictives. Et un autre soutien de la vice-présidente, Ronald "Bato" Dela Rosa, est en fuite pour échapper à une arrestation et à son transfert à la Cour pénale internationale (CPI) pour son rôle dans la guerre meurtrière contre la drogue menée par l'ex-président Rodrigo Duterte, père de la vice-présidente.
L'INC, qui revendique trois millions de membres, est une influence puissante lors des élections présidentielles philippines.
En 2016, elle avait apporté son soutien à Rodrigo Duterte avant sa victoire.
En janvier 2025, elle avait organisé un rassemblement massif à Manille pour s'opposer à une première tentative de destitution envisagée contre Sara Duterte, finalement annulée par la Cour suprême pour des questions de procédure.
Fin avril, une commission du Congrès philippin avait trouvé des motifs suffisants pour engager une nouvelle procédure de destitution à l'encontre de Sara Duterte. Dans la foulée, la Chambre des représentants avait voté la mise en accusation de la vice-présidente pour des faits présumés de malversations et corruption, ainsi que pour menace de mort à l'encontre du président Ferdinand Marcos Jr, son ancien allié.
Le procès en destitution de Sara Duterte doit commencer au Sénat le 6 juillet. Quelque 16 voix sur 24 sièges sont nécessaires pour prononcer un verdict de culpabilité qui entraînerait sa destitution et son inéligibilité à vie, alors qu'elle s'est déclarée candidate à l'élection présidentielle de 2028.

