Les autorités rebelles du Tigré ont accusé mardi le gouvernement éthiopien d'avoir mené des frappes de drones meurtrières dans le sud de cet Etat régional, dénonçant "une grave escalade" sur fond de tensions croissantes et de craintes d'une nouvelle guerre.
"Une frappe de drones a été menée hier (lundi) par le gouvernement éthiopien à Merewa", dans le sud du Tigré, près de la frontière avec la région de l'Amhara, a déclaré à l'AFP Amanuel Assefa, numéro deux du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui dirige l'Etat régional.
Dans un communiqué transmis mardi à l'AFP, le TPLF affirme que ces frappes ont visé les troupes tigréennes et causé des "pertes humaines", sans autre précision.
Sollicité par l'AFP, le porte-parole de l'armée fédérale n'a pour l'heure pas donné suite.
M. Amanuel a également affirmé que les frappes avaient touché "un lycée", ce que l'AFP n'a pas été en mesure de vérifier.
Depuis plusieurs mois, forces fédérales et tigréennes sont massées de chaque côté de la frontière du Tigré, Etat le plus septentrional de l'Ethiopie, et les deux parties, qui entretiennent des relations exécrables, s'accusent mutuellement de vouloir déclencher un nouveau conflit.
Le 1er août, des combats les ont opposées dans le nord-ouest du Tigré, près de la frontière avec le Soudan, selon le TPLF. Le gouvernement fédéral, de son côté, n'a pas communiqué sur le sujet.
- rapprochements -
Etat régional d'environ six millions d'habitants, le Tigré est sorti en 2022 de deux ans de guerre meurtrière et destructrice ayant opposé les forces du TPLF à l'armée fédérale, appuyée par des milices des Etats régionaux voisins et des troupes érythréennes.
Le conflit a fait au moins 600.000 morts, selon l'Union africaine (UA). Les différents belligérants sont tous accusés d'avoir commis des crimes de guerre.
Un accord de paix signé en novembre 2022 a mis fin aux combats, mais plusieurs points-clés, comme le retour des déplacés ou le désarmement du TPLF, n'ont jamais été mis en oeuvre.
Sollicitée par l'AFP sur ces présumées frappes de drones, l'UA, marraine de l'accord et dont le siège se trouve à Addis Abeba, n'a pour l'heure pas donné suite.
Depuis plusieurs mois, les autorités fédérales accusent le TPLF de s'être rapproché de l'Erythrée voisine. Cette ancienne colonie italienne, annexée par l'Ethiopie dans les années 1950 et jusqu'à son indépendance en 1993, entretient historiquement des relations très tendues avec Addis Abeba.
Une guerre a opposé les deux voisins de la Corne de l'Afrique entre 1998 et 2000 sur fond, notamment, de différends territoriaux. Ils se sont brièvement rapprochés durant la guerre du Tigré, mais Asmara accuse désormais l'Ethiopie enclavée de lorgner le port érythréen d'Assab, sur la mer Rouge.
Addis Abeba accuse également le TPLF de s'être rapproché des milices identitaires Fano de l'Amhara qui combattent depuis plus de trois ans les autorités fédérales, mais aussi de l'Egypte, qui considère le Gerd, mégabarrage éthiopien sur le Nil inauguré en 2025, comme une "menace existentielle".
- Exsangue financièrement -
Amanuel Assefa a de son côté expliqué à l'AFP vouloir former des alliances avec "quiconque combat le gouvernement fédéral" éthiopien, sans autres détails.
Selon des témoignages obtenus par l'ONG Human Rights Watch et par l'AFP, les autorités rebelles du Tigré mènent ces derniers mois une vaste campagne d'enrôlements forcés.
Dimanche, le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus, originaire du Tigré, a "exhorté le gouvernement fédéral et tous les dirigeants régionaux à privilégier le dialogue aux armes et à rechercher de véritables solutions politiques".
Après avoir combattu le pouvoir militaro-marxiste du Derg durant près de 15 ans, le TPLF s'est emparé du pouvoir en 1991 et a dirigé l'Ethiopie durant près de 30 ans. Contesté dans la rue, il a ensuite été progressivement marginalisé à partir de 2018 quand l'actuel Premier ministre Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir.
Lauréat du Prix Nobel de la paix en 2019 pour son bref rapprochement avec l'Erythrée, M. Abiy devrait être réélu prochainement pour un nouveau mandat après l'écrasante victoire de son Parti de la Prospérité (PP) aux législatives de juin.
Fin 2025, de premiers affrontements directs depuis la fin du précédent conflit ont opposé les forces tigréennes à l'armée fédérale qui a également procédé à plusieurs tirs de drones dans l'Etat régional.
Fin avril, le TPLF a rétabli un Parlement local jugé illégitime par Addis Abeba, remettant à nouveau en cause l'autorité du gouvernement fédéral.
Le Tigré est exsangue financièrement, les autorités ayant coupé depuis la reprise des tensions les subventions fédérales habituellement dévolues aux Etat régionaux.

