Pour montrer le poids émotionnel de la mémoire du génocide au Rwanda, "Ben'imana" met en scène des femmes cherchant justice, réparation, pardon et réconciliation au sein d'un village déchiré.
"Je voulais qu'on sente le poids du génocide sur les gens qui l'ont vécu, sur ceux qui portent cette mémoire dans leur corps", raconte à l'AFP la réalisatrice Marie-Clémentine Dusabejambo.
Pour favoriser la réconciliation de la population après le génocide de 1994, des juridictions populaires appelées "gacaca" ont été organisées dans les villages du pays d'Afrique centrale entre 2005 et 2012, année pendant laquelle se déroule le long-métrage, en compétition au festival du film francophone d'Angoulême, qui s'achève samedi.
Vénéranda, personnage principal, y participe et anime également un groupe de parole entre victimes et familles de bourreaux. Dans ces espaces de dialogue, la réalisatrice rwandaise de 39 ans filme au plus près, caméra à l'épaule, les corps et les visages de ces femmes meurtries, qu'elle considère comme "des champs de bataille".
Les vallées verdoyantes et les maisons disposées sur les collines de Kibeho, village du sud du Rwanda où le film a été tourné, donnent également lieu à plusieurs séquences contemplatives.
La rwandaise Isabelle Kabano ("Petit Pays"), qui joue la soeur de Vénéranda, partage l'affiche avec une majorité d'actrices non-professionnelles.
Lauréat de la prestigieuse Caméra d'or à Cannes, qui récompense le premier film d'un réalisateur, "Ben'imana" - terme utilisé par les Rwandais pour se décrire qui signifie "le peuple de Dieu" ou "les chanceux" en français - sortira en salles en février.
"Le mot +thérapie+ n'existe pas en kinyarwanda", lance Marie-Clémentine Dusabejambo, mais ces espaces où les survivants du génocide posent des mots sur les atrocités commises s'y apparentent.
Il s'agit d'"un outil que nos parents ont utilisé pour ne pas transmettre la haine à travers les générations et essayer de retrouver la lumière", analyse celle qui avait 7 ans pendant le génocide.
Plus de 800.000 personnes, essentiellement des membres de la minorité tutsi, ont été tuées pendant des campagnes de massacres orchestrées par les extrémistes hutu au printemps 1994, selon l'ONU.
"Quel est le coût individuel de se dire que maintenant, il faut aller de l'avant en tant que pays, en tant que collectivité ?", se demande la réalisatrice. Le film ne se limite en effet pas aux traumatismes liés au génocide, mais aborde aussi la complexité des relations entre mère et fille et entre soeurs.

