En Afghanistan, ignorer les crimes de guerre contre les civils "nourrira la violence dans le futur", prévient Refik Hodzic, spécialiste de justice transitionnelle, soulignant, comme l'ONU, que des solutions existent pour répondre aux attentes des victimes.
Dans une vaste étude de la Mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) publiée mardi sur les civils impactés par le conflit entre 2001 et 2021, certains responsables talibans interrogés plaident pour que les communautés "oublient le passé", estimant que "la vengeance" créerait de nouveaux problèmes.
"Les victimes de tels crimes ne peuvent pas simplement oublier et tourner la page. La justice transitionnelle n'a rien à voir avec la vengeance", insiste M. Hodzic dans un entretien en ligne avec l'AFP Kaboul.
"Elle envoie au contraire des messages pour dire que, comme société, nous voulons nous distancier de ce qui était normal à un moment, tuer ses voisins, les torturer...", ajoute ce conseiller pour l'Institut européen de la paix qui a travaillé avec des victimes de crimes de masse en Bosnie-Herzégovine, Syrie, Ukraine, Afghanistan...
Des solutions différentes existent selon la culture et les capacités de chaque pays, poursuit-il: "Nous ne pouvons pas attendre que chaque société organise des procès de Nuremberg" (où furent jugés les responsables nazis).
Après le génocide au Rwanda, des responsables ont été jugés par un tribunal international mais d'autres ont comparu dans des assemblées villageoises, les "Gacaca", pour rapprocher la justice des communautés.
En Afrique du Sud, une Commission vérité et réconciliation encourageait à parler les auteurs de crimes durant l'apartheid pour que les familles sachent enfin ce qui était arrivé à leurs proches, en échange d'un abandon des poursuites, rappelle-t-il.
Pour l'Afghanistan, où des familles recherchent encore des proches disparus, l'Unama recommande aux autorités talibanes la création "d'un mécanisme permettant de trouver des informations et d'apprendre la vérité".
Toutes les parties, dont les ex-responsables de la République afghane ou les forces étrangères, "doivent fournir les informations sur les disparus", ajoute-t-elle.
"Les autorités de facto devraient aussi, en respectant le droit international, examiner le passé des fonctionnaires pour exclure des forces de l'ordre ceux qui ont commis des violations du droit humanitaire", un sujet sensible alors que des responsables talibans sont accusés d'avoir organisé des attentats ayant tué des civils entre 2001 et 2021.
L'ONU enjoint aussi "tous les Etats qui avaient des forces militaires en Afghanistan à enquêter de manière indépendante sur d'éventuelles violations du droit humanitaire".
Le gouvernement taliban a indiqué à l'Unama avoir distribué depuis 2021 l'équivalent de 600 millions d'euros à des veuves, orphelins ou personnes handicapés. L'ONU demande un effort supplémentaire, y compris aux autres acteurs du conflit pour des réparations.
Car de nombreuses victimes n'ont pas assez d'argent pour se soigner, ont perdu leur emploi. Pour elles, l'impact de ces crimes ne se vit pas au passé mais au présent.

