L'Ukrainienne Oleksandra Matviïtchouk, dont l'ONG est colauréate du prix Nobel de la paix 2022, a appelé vendredi à remettre le sort des civils ukrainiens au coeur des négociations conduites par Washington entre la Russie et l'Ukraine, deux jours avant une visite d'émissaires à Kiev.
"Le problème est que, dans les négociations de paix, nous avons totalement perdu de vue la dimension humaine", a déploré à Paris Mme Matviïtchouk, à la tête du Centre pour les libertés civiles (CCL) qui documente les crimes de guerre commis par les troupes russes en Ukraine.
"Les négociateurs américains se concentrent sur les ressources naturelles, les intérêts géopolitiques, voire sur la vision de l'histoire ukrainienne selon Poutine, mais pas sur les gens. Lorsqu'ils évoquent les territoires occupés, on a l'impression qu'ils les imaginent vides", a-t-elle critiqué lors d'une conférence organisée par le ministère français des Affaires étrangères.
"Or, ce ne sont pas des espaces vides: des millions d'Ukrainiens y vivent", a-t-elle ajouté, ajoutant que "l'occupation russe est synonyme de disparitions forcées, de torture, de viols, de négation de l'identité, d'adoption forcée de ses propres enfants, de camps de filtration et de fosses communes".
"Il nous faut donc modifier l'ordre du jour et replacer la dimension humaine au coeur de la table des négociations. Sans cela, nous ne trouverons jamais la voie d'une paix durable", a affirmé la militante, qui dit avoir recensé plus de 100.000 cas de crimes de guerre.
Les émissaires du président Donald Trump, Steve Witkoff et Jared Kushner, sont attendus pour une première visite dans le cadre de la tentative de médiation américaine pour mettre fin à la guerre meurtrière déclenchée par l'invasion russe de 2022.
Les responsables, qui se sont déjà rendus à Moscou à plusieurs reprises et dont le voyage à Kiev est négocié depuis des mois, se rendront dans la capitale ukrainienne "dimanche", a indiqué vendredi à l'AFP un haut responsable ukrainien.

