Les autorités bélarusses instrumentalisent depuis des années le système judiciaire pour réprimer les opposants et toute forme de dissidence, réelle ou supposée, ont affirmé mardi des experts indépendants de l'ONU dans un rapport.
Ce groupe d'experts indépendants de l'ONU chargés d'examiner la situation des droits humains au Bélarus dénonce des violations "généralisées et systématiques" commises par les autorités depuis mai 2020, affirmant que forces de l'ordre, services de sécurité, procureurs et tribunaux agissent de concert pour réprimer les libertés fondamentales.
"Ce qui se dessine, ce n'est pas l'image de violations isolées, mais celle d'un système dans lequel les institutions de l'Etat ont été systématiquement utilisées pour réprimer la contestation et les libertés fondamentales", a déclaré la présidente du groupe d'experts, Karinna Moskalenko, dans un communiqué.
Ses effets "se font sentir non seulement sur les personnes arrêtées, poursuivies ou emprisonnées, mais aussi sur l'ensemble de la société", a-t-elle ajouté.
Au pouvoir depuis 1994, le président bélarusse Alexandre Loukachenko mène une répression implacable contre toutes les voix critiques, en particulier depuis un mouvement de contestation sans précédent en 2020.
Dans leur premier rapport publié l'an dernier, le groupe d'experts de l'ONU, créé en 2024 par le Conseil des droits de l'homme, avait accusé le gouvernement d'avoir commis des "violations généralisées" des droits humains à l'encontre de sa population, dont certaines équivalent à des crimes contre l'humanité.
Son nouveau rapport documente des abus à chaque étape de la procédure judiciaire, des arrestations souvent "arbitraires" et "violentes" menées sans mandat par des agents en civil au refus d'un avocat en passant par des vidéos humiliantes de "repentir" imposées aux personnes arrêtées.
Le rapport fait également état de détenus maintenus dans des cellules "surpeuplées et insalubres" et de femmes subissant notamment des fouilles à nu humiliantes et étant privées de protections menstruelles.
Il s'inquiète également des procès d'opposants, de journalistes et de militants entachés de violations systématiques du droit à un procès équitable, ainsi que de la stigmatisation des détenus politiques, soumis à des conditions de détention "inhumaines" et à des traitements "cruels, inhumains ou dégradants".
D'anciens détenus interrogés par les experts ont notamment fait état de punitions répétées, dont des placements dans des cellules glaciales, qualifiées de "torture par le froid".
Selon le rapport, la persécution mise en place par les autorités se poursuit même après la libération, les tribunaux ordonnant fréquemment des mesures de surveillance préventive longues et intrusives.
"Les libérations (...) ne signifient pas pour autant que la répression a pris fin", a souligné une autre experte du groupe, Monika Platek dans le communiqué.
Les experts appellent Minsk à libérer les détenus politiques, poursuivre les responsables d'abus et exhortent la communauté internationale à renforcer la pression.

