L'ex-président philippin Duterte comparaît pour la première fois en personne devant la CPI

L'ex-président philippin Rodrigo Duterte a comparu mercredi pour la première fois en personne devant la Cour pénale internationale (CPI) qui le poursuit pour des milliers d'exécutions sommaires qui auraient été commises au nom de la guerre contre trafiquants et consommateurs de drogue, a constaté l'AFP.

Arrêté en mars 2025, il est le premier ex-chef d'Etat asiatique à comparaître en procès devant la CPI, qui juge les responsables des crimes les plus graves au monde, notamment les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité.

Agé de 81 ans, l'ancien chef d'Etat, au pouvoir de 2016 à 2022, était apparu par visioconférence lors de sa première comparution. Il semblait alors confus et fatigué et parlait d'une voix à peine audible. Il avait ensuite évité jusqu'à présent les différentes audiences, sa défense invoquant un état de santé défaillant.

Vêtu d'un costume sombre et d'une chemise blanche, sans cravate, l'ancien président est resté impassible à l'ouverture des débats, le menton posé sur ses mains.

La présidente de la chambre, Joanna Korner, a précisé qu'il pouvait quitter la salle à tout moment sans avoir à en demander l'autorisation aux juges.

Mais l'ex-président est resté présent et a semblé suivre l'audience, qui a duré une heure quinze, avec des écouteurs, sans montrer d'émotion. Il n'a pas pris la parole mais a salué la galerie du public après le départ de la juge à la fin de l'audience.

Rodrigo Duterte est poursuivi pour trois chefs de crimes contre l'humanité. Les procureurs l'accusent d'avoir été impliqué dans au moins 76 meurtres commis entre 2013 et 2018 dans le cadre de sa campagne contre les trafiquants et consommateurs de drogue.

Le tribunal a fixé au 30 novembre le début du procès, qui pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années.

La session de mercredi était une audience dite "de mise en état", au cours de laquelle les parties et la juge règlent différents aspects de la procédure.

- "Un véritable chaos" -

Les avocats ont fait état d'un désaccord au sujet des preuves déposées par l'accusation, qu'elle a évaluées à 15.000 pièces quand la défense les a estimées à 62.000.

"Nous n'avons pas la moindre chance" de lire une telle montagne de documents avant le début de procès, a fait valoir Peter Haynes, avocat de la défense.

"L'état actuel du dossier est un véritable chaos. Si j'avais un client plus jeune et en meilleure santé, de vous inviterais à repousser le procès de six mois, mais ce n'est pas le cas", a-t-il ajouté.

Joanna Korner a blâmé le parquet pour ce "déversement massif" de documents et a appelé les parties à coopérer pour réduire la taille du dossier.

Mardi, les avocats de Rodrigo Duterte ont affirmé qu'il souffrait de "troubles importants de la mémoire qui l'empêchent de retenir des informations récentes et de retrouver de manière fiable certains de ses souvenirs".

Les juges doivent déterminer s'il est mentalement apte à être jugé et ont ordonné une évaluation médicale par trois experts.

Cette évaluation n'a pas été rendue publique, mais selon la défense, ces examens ont montré que Rodrigo Duterte se croit en 2007 ou 2008, pense être âgé de 84 ou 85 ans et est incapable de se souvenir du nom du président américain actuel.

Lors des audiences en février, le parquet a accusé Rodrigo Duterte d'avoir tué des milliers de personnes soupçonnées d'être des trafiquants ou des consommateurs de drogue, d'abord lorsqu'il était maire de Davao, puis lorsqu'il était président.

Son avocat à l'époque, Nicolas Kaufman, avait affirmé devant la cour en février que son client "maintenait absolument" son innocence. Il avait estimé les poursuites "mal fondées et motivées par des considérations politiques".

Rodrigo Duterte reste populaire aux Philippines, où nombreux sont ceux qui soutenaient son approche musclée de la lutte contre la criminalité.

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