Plusieurs milliers de personnes ont participé vendredi à Pristina à une manifestation organisée par d'anciens combattants de la guérilla kosovare pour protester contre la condamnation de l'ex-président Hashim Thaci à 25 ans de prison pour crimes de guerre par un tribunal spécial à La Haye.
Il s'agissait d'une des plus grandes manifestations au Kosovo depuis l'énoncé du verdict mercredi devant les Chambres spécialisées sur le Kosovo, basées à la Haye (Pays-Bas).
Les Chambres spécialisées sur le Kosovo ont déclaré M. Thaçi, ancien chef politique de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), et trois autres co-accusés, coupables de crimes commis par cette guérilla pendant la guerre contre les forces serbes, et immédiatement après ce conflit, en 1998 et 1999.
Les juges internationaux ont reconnu M. Thaçi coupable notamment "d'arrestations illégales, de torture, de meurtres et de traitement cruel" commis par les combattants de l'UCK pendant le conflit.
Ce verdict a provoqué la colère et la stupeur au Kosovo, où M. Thaçi et les autres figures de la guérilla kosovare sont encore largement considérés comme des héros d'une guerre impitoyable qui a fait quelque 13.000 morts.
D'importantes foules ont afflué vendredi sur une place du centre-ville de Pristina.
"Nous demandons que le tribunal annule cette décision et prenne en considération toutes ces personnes qui se sont battues pour protéger leurs fils", a déclaré à la foule un vétéran, Nasim Haradinaj, depuis une estrade entourée de bannières avec les portraits des condamnés.
L'avocat de M. Thaci, Me Luka Misetic, a auparavant indiqué jeudi que son client ferait appel et qu'il appelait ses concitoyens à rester "pacifiques".
Hashim Thaci exprime "sa sincère gratitude" pour l'ampleur du soutien qui lui est manifesté, a-t-il écrit sur X.
De nombreux manifestants portaient des uniformes militaires et agitaient des drapeaux rouge et noir de l'UCK.
- "Grande injustice" -
"Une grande injustice nous a été faite", a déclaré à l'AFP le vétéran de guerre Ruzhdi Kryeziu.
D'autres ont accusé le tribunal de partialité politique et jugé contestable qu'il ait utilisé des preuves fournies par la Serbie, qui n'a jamais reconnu l'indépendance de son ancienne province.
Outre l'ancien chef de l'Etat, ont été jugés dans ce procès Kadri Veseli, le patron du renseignement de l'UCK et un des plus proches alliés de M. Thaçi, Jakup Krasniqi, le porte-parole de la guérilla, et Rexhep Selimi, le chef de ses opérations.
Krasniqi a été condamné à 25 ans de prison, Selimi à 13 ans et Veseli à 18 ans.
Les quatre hommes ont été acquittés des charges de crimes contre l'humanité.
Le gouvernement du Kosovo a critiqué le verdict. Le Premier ministre l'a qualifié d'"inacceptable" et assuré que le gouvernement soutiendrait les quatre condamnés lors de la procédure d'appel.
L'organisation Human Rights Watch a estimé que le verdict était important pour les victimes.
"Ce verdict envoie un important message aux victimes et à leurs familles que même des dirigeants puissants ne sont pas au-dessus de la justice", a déclaré le directeur de Human Rights Watch Europe et Asie centrale Hugh Williamson dans un communiqué.

