Un ex-membre des escadrons de la mort ayant sévi en Gambie sous le règne de terreur de l'ancien dictateur Yahya Jammeh (1994-2017) a comparu lundi devant un tribunal militaire à Banjul pour répondre d'accusations de désertion.
Sanna Manjang, un lieutenant-colonel qui a dirigé le groupe paramilitaire des "Junglers" ("Broussards"), est accusé d'avoir déserté "le ou vers le" 21 janvier 2017, date à laquelle M. Jammeh a été contraint de fuir le pays, et pour absence "pendant une période ininterrompue de neuf ans avec l'intention de déserter, commettant ainsi une infraction".
M. Manjang avait déjà été inculpé pour quatre meurtres, dont celui du journaliste de longue date de l'AFP Deyda Hydara, tué par balles en 2004, mais les charges ont été abandonnées en juillet.
Les accusations de meurtre ont été retirées en attendant que le procureur examine la manière dont il compte faire comparaître les témoins, étant donné que la plupart d'entre eux sont eux-mêmes des membres présumés des "Junglers". Les accusations devraient être réintroduites à une date ultérieure.
Cet escadron de la mort chargé d'intimider ou d'éliminer toute forme d'opposition à M. Jammeh, qui agissait indépendamment de l'armée régulière, est depuis longtemps accusé d'exécutions extrajudiciaires et de torture par les Nations unies et des organisations de défense des droits humains.
Outre le meurtre de Deyda Hydara, M. Manjang a été officiellement accusé d'avoir tué trois autres hommes.
Un témoin avait accusé M. Manjang d'avoir décapité un homme après lui avoir dit qu'il serait jeté en pâture aux crocodiles.
Il avait été arrêté en novembre 2025 au Sénégal lors d'une opération conjointe entre forces de sécurité sénégalaises et gambiennes, avant d'être transféré en Gambie où il a été placé en détention.
Dans un communiqué des forces armées gambiennes diffusé lundi, il est décrit comme ayant été "impliqué dans de graves violations des droits humains".
Lorsque les accusations de meurtres ont été abandonnées à la mi-juillet, il a été inculpé d'agression sur deux autres hommes, et le procès de cette affaire est en cours.
Le gouvernement gambien a endossé en 2022 les recommandations d'une commission "Vérité, réconciliation et réparations" qui s'est penchée sur les atrocités perpétrées sous l'ère Jammeh.
Parmi elles, l'exécution de 240 à 250 personnes par des agents de l'État, des disparitions forcées, des viols, des actes de torture, des détentions arbitraires, jusqu'à l'administration contrainte d'un faux traitement contre le sida.
Cette commission a recommandé de poursuivre 70 personnes, à commencer par M. Jammeh, parti en exil en Guinée équatoriale en janvier 2017 après avoir perdu l'élection présidentielle de décembre 2016 face à l'actuel président Adama Barrow.

