Un prix Nobel de la paix hanté par le "spectre" de Trump

Les chances de voir Donald Trump décrocher le Nobel de la paix sont jugées minimes, mais son "spectre" planera sur l'annonce du lauréat vendredi à Oslo, estiment les experts.

Le comité Nobel norvégien se sait observé : après son retour au pouvoir, le milliardaire républicain a fait campagne pour obtenir le prix et n'a pas caché, avec plus ou moins de tact, sa déception de ne pas l'avoir déjà reçu.

La probabilité pour qu'il l'emporte est cependant plombée par la guerre qu'il mène contre l'Iran, ses velléités d'expansion territoriale, parfois aux dépens d'alliés comme au Groenland, et ses attaques contre certaines institutions de coopération internationale et les médias.

Même s'il ne réclame plus aussi ouvertement le Nobel ces dernières semaines, Donald Trump reste dans toutes les têtes car le choix du comité pourrait être interprété comme une critique, directe ou indirecte, du président américain.

"Je pense qu'il est constamment dans les esprits", estime Øivind Stenersen, historien spécialiste du prix Nobel.

Donald Trump est "le spectre qui plane sur les débats", abonde le directeur par intérim de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo (PRIO), Haakon Gjerløw.

Pour lui, le comité doit se demander si l'attribution du Nobel risque de faire "plus de mal que de bien" au lauréat, au regard des réactions qu'elle pourrait susciter à la Maison Blanche.

A l'Institut Nobel, on se veut imperturbable.

"Il y a toujours beaucoup de lobbying, voire des tentatives pour faire pression. D'une certaine manière, nous y sommes très habitués", confie le secrétaire du comité, Kristian Berg Harpviken, à l'AFP.

"Ce n'est pas un sujet que nous évitons d'aborder. Bien sûr, nous devons en discuter, mais cela n'influence pas les discussions au sein du comité ni les décisions qui en découlent", assure-t-il.

- "Ère des prédateurs" -

L'an dernier, le prix de la paix était allé à la cheffe de l'opposition vénézuélienne Maria Corina Machado, un choix généralement jugé digeste pour Donald Trump.

Mme Machado avait même remis sa médaille d'or au président américain, jugeant qu'il la méritait - sans toutefois recevoir son appui politique en retour.

L'épisode pourrait inciter le comité à opter cette année pour un prix peu susceptible de faire des vagues outre-Atlantique et tourné par exemple vers la protection de l'enfance ou l'humanitaire, estiment les experts.

L'ONG Save the Children, l'Ukrainien Mykola Kouleba - qui oeuvre pour récupérer les enfants ukrainiens emmenés de force par la Russie, une cause chère à Melania Trump -, ou les Cellules d'intervention d'urgence (ERR) - réseau de bénévoles qui assiste une population frappée par la guerre et la faim au Soudan - pourraient alors être d'actualité.

Mais le comité pourrait aussi choisir un prix moins accommodant pour Donald Trump en récompensant la rapporteure spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens occupés Francesca Albanese, le pape Léon XIV, la liberté de la presse (Comité pour la protection des journalistes...) ou la justice internationale (Cour pénale internationale et/ou Cour internationale de justice).

"Nous vivons à l'ère des prédateurs. Nous avons Trump, Poutine, Netanyahu", souligne Asle Sveen, un autre historien spécialiste du Nobel.

"Ils ne veulent pas d'un ordre international. Ils veulent de grandes puissances avec des sphères d'influence. Et cette cour leur fait obstacle", dit-il au sujet de la CPI.

Au total, 287 individus et organisations ont été proposés pour le Nobel cette année. Leur identité est tenue secrète pendant au moins 50 ans.

La toile de fond est sombre: 65 conflits armés impliquant au moins un État ont été recensés en 2025, un record depuis 1946, selon le PRIO.

"Globalement, il est clair que le monde n'évolue pas dans la bonne direction", estime M. Harpviken.

"Mais en même temps, les bonnes initiatives ne manquent pas, et les organisations ou les personnes qui font du bon travail ne manquent pas non plus", dit-il, en estimant qu'"un prix de la paix a peut-être plus de sens que jamais".

Inscrivez-vous à notre newsletter
Chaque fin de semaine (sauf exceptions), notre newsletter vous est délivrée par e-mail. Elle contient l'ensemble de nos contenus publiés depuis la précédente édition. Parfois nous en profitons pour annoncer un événement ou une publication majeure à paraître. Et c'est gratuit.