Un populaire mouvement de jeunesse de la société civile gambienne appelle le président du pays à sortir de son silence sur un rapport parlementaire, publié en début d'année, qui détaille la mauvaise gestion par l'État des avoirs de l'ex-dictateur Yahya Jammeh (1994-2017).
M. Jammeh est accusé d'avoir détourné des millions de dollars des caisses de l'État pendant son règne, affectant des fonds publics à des fins personnelles tout en se rendant coupable de graves violations des droits humains.
Jeudi, le très populaire mouvement de jeunesse "Gambians Against Looted Assets" (GALA, "Gambiens contre les avoirs détournés") a appelé le président Adama Barrow, au pouvoir depuis 2017, à réagir publiquement à un rapport publié en mars qui faisait le point sur la vente et la cession des avoirs de Jammeh.
GALA accuse notamment M. Barrow de demeurer silencieux sur le sujet, alors que le rapport de la commission spéciale de l'Assemblée nationale liste une multitude de problèmes, tels que l'existence de fonds considérables jamais récupérés et des cas de corruption dans la gestion de ces avoirs.
"Les biens recouvrés au nom de la justice ne doivent pas servir d'occasion pour de l'enrichissement personnel ou des faveurs politiques", souligne le communiqué.
Le collectif réclame la tenue d'un registre précis des ventes et des transferts, ainsi que des biens litigieux et manquants.
Il a également appelé à la transparence concernant l'identité juridique, les actionnaires et les bénéficiaires effectifs de toute société destinataire impliquée dans ces transactions.
Ni le secrétariat du président, ni le ministre de l'Information n'ont répondu aux sollicitations de l'AFP.
En mai 2025, le journal local The Republic avait publié une enquête démontrant des irrégularités dans la gestion des biens de M. Jammeh, ce qui a conduit à la création de GALA.
Le mois dernier, les États-Unis ont annoncé la restitution de 2,5 millions de dollars (2,2 millions d'euros) à la Gambie, provenant de la vente d'un manoir américain que l'ex-dictateur et son épouse avaient acheté avec des fonds illicites.
L'appel de GALA intervient à moins de deux mois de l'élection présidentielle gambienne, à laquelle le président Barrow se présente pour un troisième mandat.
M. Jammeh, qui vit en exil en Guinée équatoriale, a toujours une importante base de soutiens en Gambie et pourrait influencer la prochaine présidentielle.
Le gouvernement gambien a endossé en 2022 les recommandations d'une commission "Vérité, réconciliation et réparations" qui s'est penchée sur les atrocités de l'ère Jammeh.
Parmi elles, l'exécution de 240 à 250 personnes par des agents de l'État, des disparitions forcées, des viols, des actes de torture, des détentions arbitraires, jusqu'à l'administration contrainte d'un faux traitement contre le sida.

