Le Kenya estime que la CPI a besoin d'une "réforme", pas de sanctions

Le Kenya a rejeté samedi les sanctions américaines annoncées la veille à l'encontre de la Cour pénale internationale (CPI), estimant que la juridiction avait plutôt besoin "d'une réforme urgente".

Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio a déclaré que Washington interdirait toute transaction avec ce qu'il a qualifié de "tribunal voyou", intensifiant ainsi la campagne menée de longue date par l'administration du président Donald Trump visant à démanteler cette juridiction.

"La CPI mérite de vives critiques pour avoir manqué à sa mission et déçu les attentes à l'origine de sa création, ainsi que pour avoir fait preuve de sélectivité dans son action", a déclaré le numéro 2 du ministère kényan des Affaires étrangères Korir Sing'Oei.

Mais "elle a besoin d'une réforme urgente et non de sanctions", a-t-il poursuivi sur X, assurant que le Kenya oeuvrerait à réformer la Cour, régulièrement accusée dans les pays africains de poursuivre en majorité des personnalités du continent.

En 2010, la CPI avait commencé à enquêter sur les graves violences post-électorales de 2007 au Kenya, qui ont fait plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés.

L'actuel président William Ruto et son prédécesseur Uhuru Kenyatta faisaient partie des suspects poursuivis pour crimes contre l'humanité et meurtre. Des poursuites finalement abandonnées faute de preuves, tandis que l'ex-procureure Fatou Bensouda avait dénoncé une campagne "acharnée" d'intimidation de témoins.

Pour Washington, les sanctions se justifient par la nécessité de "défendre la souveraineté américaine et ses citoyens contre la menace que représente" la CPI. Une fois appliquées, elles entraîneront l'interdiction de toute transaction financière avec la juridiction, afin de "la couper de ses ressources et réduire sa capacité à opérer".

Elles n'entrent cependant pas immédiatement en vigueur, le gouvernement américain les assortissant d'une période de grâce de six mois qui vise à "donner du temps pour que les États parties démontrent des programmes visibles afin de répondre aux inquiétudes des États-Unis concernant la CPI".

Le ministre des Affaires étrangères ougandais Adonia Ayebare a commenté sur X que son pays continuerait à plaider "en faveur de réformes fondées sur le bon sens". Mais il "n'hésitera pas à quitter cette institution, qui agit de plus en plus comme un État voyou, si jamais elle venait à enquêter sur nos ressortissants ou à les inculper", a assuré le ministre.

Une sortie critiquée par son collègue de la Justice, Norbert Mao, qui, tout en concédant avoir des "réserves" à l'égard de la juridiction, craint des conséquences sur la candidature de l'Ougandais Olara Otunnu au poste de secrétaire général de l'ONU.

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