Le tribunal pour la paix en Colombie a inculpé mardi dix membres de l'ex-guérilla marxiste des Farc, accusés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité visant des peuples autochtones.
Dix anciens membres des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), dont trois ex-chefs, sont poursuivis pour des actes commis entre 1996 et 2016 dans l'Amazonie (sud) et l'Orénoquie (est), bastions historiques de cette guérilla, autrefois la plus puissante d'Amérique latine.
Ils sont soupçonnés d'être impliqués dans "des crimes liés à l'extermination, au meurtre, à la disparition forcée, à la torture, à la persécution, au déplacement forcé, à l'emploi de mines antipersonnel contre cinq peuples indigènes", a annoncé dans un communiqué la Juridiction spéciale pour la paix (JEP).
La JEP, née de l'accord de paix signé en 2016 avec les Farc, depuis dissoutes, juge les pires crimes commis durant le conflit armé qui a déchiré ce pays d'Amérique du Sud pendant plus d'un demi-siècle.
Elle travaille sur plusieurs dossiers, dont un concernant les violences à l'encontre de plus de 10.000 indigènes dans des zones reculées de Colombie.
Parmi ces violences, la JEP mentionne l'assassinat en 1997 par des guérilleros de sept membres d'une réserve korebajü, dans le Caqueta (sud), "accusés de collaborer avec l'ennemi".
La JEP évoque également la difficulté pour les communautés autochtones d'accéder à la santé et à l'éducation face à la terreur alors exercée par la guérilla sur leur territoire.
Les premières condamnations de la JEP, annoncées l'an dernier, remplacent les peines de prison par des travaux d'intérêt général pour les accusés ayant reconnu leurs crimes et fourni des informations permettant d'établir les faits.
Dans sa première décision, au terme de neuf ans de procédures, le tribunal a ainsi condamné sept ex-chefs des Farc à la peine maximale de huit ans de liberté surveillée et à des travaux d'intérêt général, pour plus de 21.000 enlèvements.
Ils ont commencé à purger leur peine en participant à des fouilles dans des cimetières, à la recherche de milliers de disparus du conflit interne.
La JEP a également prononcé des peines alternatives à la prison pour 12 ex-militaires, accusés de meurtre et disparition de civils.
Ce tribunal spécial a récemment averti que sa mission se verrait compromise en cas d'approbation par le Parlement d'une coupe budgétaire voulue par le gouvernement du président de droite dure, Abelardo de la Espriella.

