L'agence de notation Moody's doit mettre vendredi à jour son évaluation de la dette française, alors que le taux d'emprunt à dix ans de la France a franchi mercredi le seuil symbolique des 5 %, sur fond d'inquiétudes croissantes sur les finances publiques hexagonales.
Voici un lexique pour mieux comprendre la situation :
- AFT, BTF et OAT -
L'Agence France Trésor (AFT), organisme dépendant du ministère des Finances, gère la dette hexagonale. Elle émet deux types de titres de dette : les bons du Trésor à taux fixe (BTF) et les obligations assimilables du Trésor (OAT).
Les OAT peuvent avoir une durée de 2 à 50 ans, mais l'échéance de référence est de dix ans. Les BTF ont une maturité inférieure ou égale à un an. Elles sont émises via des "adjudications", une vente aux enchères ayant lieu deux jeudis par mois.
La dette française est détenue en majorité par des investisseurs non résidents (59,7 %), selon les derniers chiffres de l'AFT. Les établissements de crédit et les assurances françaises représentent eux environ 20 % des détenteurs.
- Marché secondaire -
Les investisseurs s'échangent les titres émis par les États sur le marché dit "secondaire". Comme tout actif financier, les obligations y ont un prix déterminé, qui varie en fonction de l'offre et de la demande.
Les dettes souveraines, c'est-à-dire contractées par un État ou une banque centrale, et non une entreprise ou un particulier, sont généralement considérées par les investisseurs comme des valeurs sûres, car le risque de défaut d'un État comme la France est jugé très faible. En comparaison, les actions d'entreprises sont dans la catégorie des actifs "risqués".
Pour composer leurs portefeuilles d'obligations, les gestionnaires d'actifs sont attentifs à l'évaluation des grandes agences de notation, qui classent les pays en fonction de la soutenabilité de leur dette. Les plus importantes sont Fitch, Moody's et S&P Global Ratings (Standard and Poor's).
- Rendement -
Un titre de dette est assorti d'un coupon, le pourcentage du capital prêté qui doit être versé en intérêts chaque année à son porteur. Il peut être fixe ou variable, parfois indexé sur l'inflation.
Sur le marché secondaire, on parle plutôt de rendement. Il s'agit du taux de rémunération effective du créancier, en prenant en compte le prix qu'il aura déboursé pour acquérir le titre. Celui-ci peut être différent du montant initial.
Plus une obligation est demandée, et plus son prix monte et son rendement diminue. Au contraire, plus une obligation fait l'objet de défiance, plus son prix baisse et son rendement grimpe.
Signe de la perte de confiance des investisseurs, le rendement à dix ans de la France a flambé, passant de 3,80 % début juillet à désormais 5 % mercredi matin, au plus haut depuis 2002.
- "Spread" -
Le "spread" est un terme désignant l'écart entre le rendement de deux obligations. La comparaison se fait généralement en zone euro avec le taux d'emprunt qui s'applique au "Bund", l'obligation de l'Allemagne à échéance dix ans.
Cela s'explique par la puissance de la première économie européenne et sa réputation de garante de l'orthodoxie budgétaire, avec une limite à l'endettement inscrite dans la Constitution - même si cette dernière a plusieurs fois été levée ces dernières années.
Cet écart s'exprime généralement en "point de base", 1 point de base désignant un écart de 0,01 point de pourcentage. Signe de la défiance, le spread franco-allemand est passé de 80 points de base début septembre à 150 points de base en séance mardi.
- TPI -
La Banque centrale européenne (BCE) dispose de certains outils pour réduire les "spreads" en Europe, car elle considère que des écarts trop importants entre des pays pourraient menacer la cohésion de la zone euro.
Celui dont on parle le plus actuellement est l'instrument de protection de la transmission (TPI selon son sigle en anglais), un outil lancé en 2022 permettant en théorie des achats illimités d'obligations d'État pour rassurer les marchés et réduire les taux d'emprunt.
Mais il semble peu probable que la BCE y ait recours dans la situation actuelle. Cet outil avait été conçu alors que les marchés s'inquiétaient de la situation italienne, mais le spread italo-allemand s'approchait alors de 250 points de base.
fcz-jpl-bur/ak/er
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