La Cour pénale spéciale pour la Centrafrique (CPS) est en sursis en raison d'une crise de financement depuis le retrait des Etats-Unis en 2025, alerte lundi Amnesty international.
Active depuis 2018 sous l'égide des Nations unies, la CPS est un tribunal composé de magistrats centrafricains et étrangers chargés d'enquêter, d'instruire et de juger les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et crimes de génocide commis depuis 2003 en Centrafrique, période marquée par plusieurs guerres civiles et cycles de violences dans ce pays enclavé d'Afrique centrale.
"La CPS fait aujourd'hui face à une crise financière d'ampleur inédite et très inquiétante", estime Amnesty dans un rapport publié lundi.
Le retrait des Etats-Unis en 2025 est la principale cause de ce manque de financement, tandis que l'Union européenne et les Nations unies, qui sont les deux seuls bailleurs restants, pourraient aussi diminuer ou cesser leur contribution.
"La crise budgétaire rend plausible une fermeture à l'issue" du second mandat de cinq ans de la CPS, qui prendra fin en 2028, avertit l'ONG de défense des droits humains.
En conséquence, la CPS a déjà dû licencier un quart de son personnel entre août et septembre 2025 et le bureau du procureur n'ouvre plus d'enquêtes, note Amnesty.
Or "les tribunaux ordinaires centrafricains n'ont pas à ce jour les capacités humaines et matérielles, ni l'indépendance nécessaire, pour traiter les dossiers qui sont devant la CPS", selon plusieurs personnes interrogées par Amnesty dans son rapport.
"Le droit des victimes à la justice, à la vérité et à des réparations ne saurait dépendre des priorités changeantes des bailleurs", défend l'organisation.
La CPS a ouvert jusqu'alors six procès dans cinq affaires. Le dernier en date, le procès de l'affaire "Bossembélé", qui s'est ouvert en juin, porte sur des crimes commis entre 2009 et 2013 dans trois lieux de détention du pays et l'ancien président François Bozizé, en exil en Guinée-Bissau, est parmi les accusés.
"Ces procès sont des avancées remarquables pour la lutte contre l'impunité", souligne Amnesty.
"Cependant la population centrafricaine reste encore en attente de procès concernant les périodes et évènements les plus marquants des conflits de ces deux décennies dans le pays, et (concernant) tous les plus hauts responsables", affirme l'organisation, citant notamment les périodes particulièrement sanglantes de 2002-2003 et 2012-2014.
Amnesty déplore notamment le recours de la CPS aux procès par contumace, qui "pour certaines victimes (...) s'apparentent à une mascarade".
"Un obstacle majeur cependant au déroulement de procès en la présence des accusés, est la difficulté à arrêter les personnes recherchées pour les emmener devant les juges", peut-on lire dans le rapport, notamment en raison du fait que "les mandats d'arrêt visant des personnes en fuite à l'étranger restent inexécutés", comme pour M. Bozizé en Guinée-Bissau ou d'autres suspects se trouvant au Tchad.

