RCA : Bangui sous tension

RCA : Bangui sous tension©DR/Radio Ndeke LukaBangui déserte lundi
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La capitale centrafricaine Bangui a retrouvé progressivement un calme tout relatif ce mardi après trois jours de violences inter communautaires qui ont fait au moins 40 morts et une centaine de blessés. Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, 27.000 Banguissois ont également fui leur domicile pour se mettre à l'abri dans des camps de déplacés, notamment près de l'aéroport, où sont basées les forces internationales. Les forces de défense et de sécurité nationale et internationale ont procédé ce mardi au dégagement par la force des barricades sur les différentes artères de la ville. « Ce sont les contingents burundais, bangladais et sénégalais qui dégagent les barricades. Ils emploient de gros moyens pour disperser les protestataires. Un jeune a reçu une balle et en a succombé sous mes propres yeux », témoigne Ghislain, jeune habitant du quartier Combattant dans le 8e arrondissement où le corps sans vie du jeune musulman découvert a déclenché les violences à Bangui. Une autre victime d'une balle perdue est signalée au quartier Gobongo dans le 4e arrondissement suite à ces tirs visant à dégager les voix bloquées par des barrages.

Pillages des ONG

 

La nuit a été le théâtre de scènes de pillages par des groupes de jeunes armés malgré le couvre-feu imposé par le gouvernement dans la capitale centrafricaine.. Les organisations humanitaires pillées sont entre autres le CICR, ACTED, Action contre la faim, CORDAID, Médecins du Monde et Première Urgence. Par moment, les pillards ont été repoussés par les Forces internationale et nationale. Cependant, de nombreuses rumeurs d’une progression des anti-balaka et des ex Séléka sur Bangui, entretiennent un climat de tension permanent dans toute la ville. Les antibalaka sont des miliciens chrétiens et animistes qui, depuis les tueries de masse de 2013/2014, se sont opposés à la rébellion Séléka composée de musulmans, avant de faire la chasse aux musulmans habitants dans la capitale à la chute de la Séléka. "Ils sont positionnés par groupes, armés de machettes, dans les rues des 8ème et 5ème arrondissements", affirmait mardi à l'AFP l'un des rares habitants à s'être aventuré hors de chez lui.A 17h00 lundi, la totalité des prisonniers de la prison de Ngaragba à Bangui se sont évadés. Il s’agit au total d’environs 500 détenus dont une soixantaine de criminels considérés comme des durs jugés et condamnés l’été dernier.

Appel à manifester

La société civile maintient son appel à la désobéissance civile. Les habitants de Bangui sont invités à se rassembler place des Martyrs "sans armes à feu ni armes blanches, sans sac à main et sans sac à dos".Gervais Lakosso, le coordonnateur de «  Beafrika » explique que " le mouvement "Le temps de Beafrika" est un mouvement pacifiste et citoyen qui n'a aucun lien avec la tentative de déstabilisation des institutions de la République". Il précise par ailleurs que les revendications de la société civile restent fondamentalement " le redéploiement des FACA (forces armées centrafricaines) et la stricte application du mandat de l'ONU ". L’aéroport de Bangui reste fermé. Par contre, quelques rares commerces ont rouvert. « Dans notre quartier, des femmes sont sorties pour vendre de la bouillie, du café… et certains kiosques aussi sont rouverts », témoigne Axel Nana, un jeune habitant du quartier Sica2 dans le 2e arrondissement.

Appel au calme

 

La présidente Catherine Samba Panza en déplacement à New York a lancé un appel au calme. "Je lance un appel au calme à vous mes compatriotes. Je vous demande de regagner vos domiciles. Je sais que quand je m'adresse à vous, vous m'écoutez", a lancé mardi matin la présidente de transition Catherine Samba Panza dans un message en langue nationale sango diffusé par la radio nationale. Selon des sources proches de la présidence, Mme Samba Panza, qui participait à New York à l'Assemblée générale des Nations unies, était attendue mardi en fin de journée à Bangui. "Nous verrons ensemble comment sortir de ces nouvelles violences". Le gouvernement de transition a réagi dans un communiqué lu à la radio nationale mettant en garde les agitateurs. « Tous les  officiers de l’armée et les gens qui sont derrière ce coup de force sont bien  identifiés et suivis. Le moment venu, le Gouvernement prendra ses responsabilités car toutes ces agitations sont contraires aux engagements pris publiquement lors du Forum de Bangui, à savoir que  les FACAS   sont et resteront apolitiques et  souveraines », a déclaré Dominique Saïd Panguindji, Ministre de la sécurité publique, porte-parole du gouvernement. « Tous ceux (policiers, gendarmes et militaires) qui prendront le risque de rester dans le camp des  ennemis de la paix, seront considérés comme déserteurs  avec toutes les conséquences de droit », alerte M. Panguindji. Il a aussi annoncé l’ouverture de quatre stations-service et la mise à la disposition de la population d’un numéro vert pour toutes les  personnes qui auraient besoin de protection.