Hissène Habré : le procureur demande la perpétuité

Hissène Habré : le procureur demande la perpétuité©AFP PHOTO / SEYLLOULe palais de justice de Dakar où se tient le procès Habré
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Le procureur près les Chambres africaines extraordinaires(CAE), Mbacké Fall, a requis mercredi, au troisième jour des plaidoiries dans le procès de Hissène Habré, une peine de prison à perpétuité et la confiscation de ses biens contre l’ancien chef de l’Etat tchadien jugé à Dakar pour crimes de guerre, tortures et crimes contre l’humanité perpétrés durant les huit ans de son règne (1982-1990). La défense plaide jeudi.

Faisant un long rappel des faits marquants du pouvoir de Hissène Habré, le procureur Fall,  a fait remarquer que sa prise du pouvoir, en 1982, a été marquée par la répression dans le sud du Tchad.
« Tout le sud du pays est conquis, dès le 6 septembre 1982, par les Forces armées du Nord (FAN) qui s’adonnent aux pires exactions », dit-il.
Il a ensuite longuement parlé de la création de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS) qui est considérée comme le bras répressif du régime Habré. « C’est dans ses mouroirs que les violations des droits de l’homme ont été les plus massives : tortures, traitements inhumains, viols, exécutions sommaires, enlèvements suivis de disparitions ».
Pour le procureur Fall, ces « centres de concentration » constituent « le premier acte criminel de Habré qui a charrié les divers crimes de torture et tous les autres crimes contre l’humanité ».
La défense de Hissène Habré qui va plaider ce jeudi, n’est pas « surprise » par le réquisitoire de Mbacké Fall. Me Mounir Balal, avocat commis d’office, affirme que l’accusation n’a jusqu’ici pas réussi à prouver la culpabilité de l’ancien président.
Il y a tout juste une semaine, jeudi 4 février, au cours d’une conférence de presse, la défense, qui a boycotté le procès, dénonçait l’attitude du procureur Fall qu’elle accuse d’être « le bras armé d’Idriss Déby et de Me Sidiki Kaba, ministre sénégalais de la Justice pour « éliminer physiquement et politiquement Habré ».
« Nous avons assisté à une véritable mascarade honteuse dont le seul objectif était d’éliminer un homme, le priver de sa liberté et aussi de sa vie », a déclaré l’avocat défenseur Me François Serres.
La défense dénonce en outre une procédure qui a, selon elle, exfiltré dès le début le président Idriss Déby.
Le réquisitoire de Mbacké Fall a été précédé, lundi 8 et mardi 9 février, des plaidoiries des avocats des parties civiles qui ont tous axé leurs argumentaires sur la responsabilité pénale individuelle de l’accusé.
« C’est un moment historique plein d’émotion car étant l’aboutissement d’un  long processus. Hissène Habré avait droit de vie et de mort sur son peuple durant les huit ans de son règne d’une main de fer sur le Tchad. Ce sont des personnes complètement traumatisées qui ont défilé devant la barre », a déclaré  l’avocate tchadienne Me Jacqueline Moudeina.
La responsabilité de Hissène Habré « est totalement engagée », a aussi plaidé Me Yaré Fall (Sénégalais) expliquant que c’est bien lui, Habré, qui faisait exécuter les prisonniers. « En tant que responsable hiérarchique il n’a pris aucune mesure pour empêcher les tueries. Il doit donc assumer ». « Habré n’a aucune considération pour les institutions du Sénégal, le pays qui l’a accueilli en 1990. Lorsque la Chambre arrive tout le monde se lève sauf lui », a-t-il déploré.
 

Habré emmuré dans le silence

Me Lamina Djindammadji  (Tchad), accuse l’ancien président tchadien, qu’il n’hésite pas à comparer à Hitler, d’avoir décimé les intellectuels de son pays ; ce qui fait, a-t-il accusé, que le Tchad en compte peu aujourd’hui. « Sous son règne, des prisonniers étaient entassés dans des pièces de 12 m2 avec non seulement une mauvaise alimentation, mais ils n’avaient pas droit aux soins et subissaient des traitements inhumains ».

Entouré de trois gardes, l’ancien chef de l’Etat tchadien reste impassible, emmuré dans le silence.
« Le taux de mortalité quotidienne dans les prisons tchadiennes est supérieur substantiellement au pire des taux de mortalité de prisonniers enregistrés au XXe siècle » relève Me George Henry Beautier, avocat belge qui a également cité une étude selon laquelle pour contenir l’équivalent du nombre de victimes de Hissène Habré  en 90 mois, il faudrait placer 300 personnes dans 133 salles ce qui fait pas moins de 40.000 victimes.
Pour Me Beautier, viols, esclavage sexuel et prostitution, étaient le lot des femmes dans les prisons, rappelant le témoignage de Khadija Hassan Zidan qui affirme avoir été violée par Hissène Habré lui-même.
Les victimes du régime de Habré n’étaient pas seulement tchadiennes selon Me Assane Dioma Ndiaye qui a rappelé le cas de ce bijoutier sénégalais du nom de Demba Gaye, mort dans les geôles de N’Djamena.
« Ce Tribunal doit augurer des perspectives pour l’Afrique » a affirmé Me Ndiaye, expliquant que des éléments de preuve ont démontré que la DDS répondait bien directement de Habré.
L’avocat français William Bourdon a clôturé les plaidoiries des parties civiles en déclarant d’emblée que le mot « dignité ne sera jamais dans le vocabulaire de Hissene Habré qui a souillé la terre tchadienne. Il est hors normes. C’est un criminel qui dépasse tout le monde même Pinochet ».
« Ce procès va permettre aux victimes de retrouver un bout de leur dignité perdue, nous espérons que votre décision sera un début d’espoir pour l’humanité », a-t-il dit à l’endroit des CAE.