RDC : fin de cavale pour le chef rebelle rwandais Léopold Mujyambere

RDC : fin de cavale pour le chef rebelle rwandais Léopold Mujyambere©Flickr/Abayomi AzikiweCombattants FDLR dans l'est de la RDC
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Léopold Mujyambere, un haut-responsable militaire des rebelles hutus rwandais basés en République démocratique du Congo (RDC), se trouve entre les mains des renseignements militaires congolais depuis début mai. Bien que sous le coup de sanctions onusiennes, il ne fait l'objet d'aucun mandat d'arrêt de la justice internationale. La RDC va-t-elle le déférer devant ses propres tribunaux ou le renvoyer vers le Rwanda, qui le réclame déjà ?

 

Léopold Mujyambere est aux arrêts. Ce « général » de la rébellion hutue rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) a été appréhendé fin avril à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC). Les services de sécurité l'ont intercepté alors qu'il revenait d'un pays étranger, muni d'une « fausse carte d'électeur » avec un nom d'emprunt, selon un proche du dossier.

 L’ex-chef rebelle – aussi connu sous les noms « Achille Musenyeri » et « Ibrahim » – a ensuite été transféré à Kinshasa, où il a été interrogé par l'Agence nationale de renseignement (ANR), avant d'être envoyé à la Détection militaire des activités anti-patrie (Demiap). Lors de son interrogatoire, sans l’assistance d’un avocat, il a déclaré être en réalité un colonel né en 1962, et avoir suivi un entraînement commando en Belgique.

 Il a compté parmi les responsables de la garde présidentielle et avait accompagné le président hutu Juvénal Habyarimana à un sommet à Dar-es-Salaam, le 6 avril 1994, mais n’avait pas pris l’avion de retour le soir. Il n’a donc pas été tué dans l’attentat qui a ciblé l’appareil, coûtant la vie au chef de l’Etat, et déclenchant le génocide contre la minorité tutsie, qui a fait 800.000 morts, selon l'ONU.

 Il a été l’un des grands chefs de l’Armée pour la libération du Rwanda (Alir), ancêtre des FDLR et issue des anciennes Forces armées rwandaises (FAR) qui s'étaient réfugiées dans l'Est congolais en 1994 pour fuir l'avancée des troupes du général Paul Kagame, l'actuel chef de l'Etat rwandais. Avant son arrestation, il était l’un des adjoints de Sylvestre Mudacumura, numéro un militaire des FDLR, visé depuis 2012 par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre.

 

« Citoyens rwandais et congolais gagnants »

 

Interrogé par JusticeInfo, le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye, salue l’arrestation. « C'est une bonne nouvelle que la RDC agisse enfin pour se débarrasser et débarrasser la région du fléau des FDLR. Les vrais gagnants sont les citoyens rwandais et congolais, à qui les FDLR ont infligé des souffrances incalculables, allant du viol de masse au meurtre et au pillage, et ce en jouissant d'une impunité quasi absolue pendant presque trois décennies. »

 Satisfaction aussi côté congolais. C’est la preuve que la « lutte continue sur tous les fronts, que ce soit sur le front militaire ou sur le front du renseignement », estime Lambert Mende, porte-parole du gouvernement. Un haut-responsable de l'armée congolaise nuance toutefois la portée de l’événement. « Je doute que l'arrestation (…) dérange l'organisation » car elles ont une « idéologie terroriste » qui favorise leur résilience, confie-t-il à JusticeInfo.

 Les FDLR, dont des membres sont accusés d'avoir participé au génocide, n'ont plus mené d'action de grande envergure contre le Rwanda depuis des années mais Kigali les considère toujours comme une menace. La communauté internationale les accuse par ailleurs de graves exactions en RDC : meurtres, viols, recrutement forcé de mineurs, pillages… En 2009, le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé un gel des avoirs et une interdiction de voyager à Léopold Mujyambere, Sylvestre Mudacumura, en cavale, et à huit autres haut-responsables des FDLR qui sont aujourd'hui en fuite, condamnés ou, pour au moins un, mort au combat.

 Quel sera le sort du général Mujyambere ? Lorsque la RDC a extradé le 20 mars Ladislas Ntaganzwa – l'un des neuf génocidaires rwandais présumés recherchés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), désormais remplacé par le Mécanisme de l'ONU pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI) – elle respectait le droit international qui empêchait de l'échanger contre l'un des ex-chefs rebelles congolais exilés au Rwanda.

 Cette fois, pas de mandat d'arrêt international. Le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, n'a encore rien décidé mais, en cas d'extradition, certains exigent en contrepartie l'un des anciens seigneurs de guerre congolais réfugiés au pays des Mille collines. En outre, alors qu'un haut-responsable congolais plaide pour que Léopold Mujyambere rende des comptes en RDC, Johnston Busingye considère pour sa part qu'il « devrait être envoyé au Rwanda pour être jugé ».

 

Pluie d’accusations

 

« Je pense qu’il pourrait être inculpé » pour la « conspiration en vue de commettre un génocide », crimes contre l’humanité par « extermination », crimes de guerre par « meurtres et tueries volontaires et lancement d’attaques contre des populations civiles », ou encore trahison et le terrorisme. Il souligne que d’autres crimes pourraient s’ajouter suite à son arrestation, et que son degré de responsabilité risque d’être élevé en raison de son grade.

 Si la RDC et le Rwanda se disputent le droit de le juger, ils devront trouver un terrain d'entente – peut-être du même genre que celui qui lie l'Ouganda et la RDC concernant Jamil Mukulu, le chef de la rébellion musulmane ougandaise Forces démocratiques alliées (ADF), jugé dans son pays pour les crimes commis en terres ougandaise et congolaise.

 L'arrestation de Léopold Mujyambere survient alors que, après avoir mis fin à un an de brouille en janvier dernier, l'armée congolaise et la Mission de l'ONU (Monusco) planifient des opérations contre les FDLR. Selon Kinshasa, ces rebelles sont déjà très affaiblis par les offensives de l'armée et compteraient moins de 400 combattants – contre un millier, d'après l'estimation de plusieurs analystes.

 Au Nord-Kivu, le Centre d'étude pour la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l'Homme (Cepadho), encourage l'armée à aller plus loin. Elle doit « rechercher et arrêter d'autres leaders FDLR qui rôdent encore dans les forêts congolaises – entre autres Sylvestre Mudacumura, dont l'infiltration a été signalée entre les territoires de Rutshuru et Walikale depuis fin 2015 », souligne Omar Kavota, directeur exécutif de Cepadho, interrogé par JusticeInfo.

 La présence des FDLR sur le territoire congolais empoisonne les relations entre Kinshasa et Kigali, impliquée dans les deux guerres du Congo, entre 1996 et 2003, et accusée d'avoir soutenu des rébellions dans l'Est congolais. En mars et avril, le Rwanda a accusé les FDLR d'attaques dans le district de Rubavu, frontalier du Nord-Kivu. Après quoi, a affirmé l'armée congolaise, des troupes rwandaises sont entrées en RDC. Ce que Kigali a démenti, assurant avoir refoulé les assaillants mais sans franchir la frontière.