02.03.2004 - TPIR/NDINDABAHIZI - LA DEFENSE DE NDINDABAHIZI PLAIDE l'ACQUITTEMENT

Arusha 2 mars (FH)- La défense de l'ex-ministre des finances sous le gouvernement intérimaire en place durant le génocide de 1994, Emmanuel Ndindabahizi, a plaidé l'acquittement mardi au terme de ses plaidoiries devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Les avocats français Me Pascal Besnier et Me Guillaume Marçais ont notamment critiqué " les faiblesses" de l'acte D'accusation et "le manque de crédibilité" des témoins à charge.

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Me Besnier a en revanche évoqué "la force et la crédibilité des témoins à décharge", insistant sur le fait que parmi eux se trouvent "le fils et la fille D'une victime dont la mort est attribuée par l'accusation à Ndindabahizi." Ils avaient, selon Me Besnier, une excellente raison de s'informer sur les circonstances de la mort de leur parent.

"Quel intérêt auraient-ils à témoigner en faveur de Ndindabahizi s'ils avaient le moindre doute qu'il était mêlé à quelque niveau que ce soit à la mort de leur père ? ", a demandé l'avocat. Me Besnier a, en définitive, plaidé l'acquittement, affirmant que c'est "la seule justice à rendre à l'accusé". Le procureur, pour sa part, a requis la peine maximale,l'emprisonnement à vie, affirmant qu'il a prouvé la culpabité de Ndindabahizi.

Le Nigérian Charles Adeogun-Phillips, au nom du parquet, a soutenu que "il n'y a pas de circonstances atténuantes dans cette affaire", au motif notamment que l'accusé n'aurait manifesté "aucun signe de repentir."

Avant de se retirer, la chambre a accordé la parole à l'accusé qui a clamé son innocence. Il a souligné que "sept ou huit de ses témoins sont des Tutsis venus du Rwanda." "Cela veut dire que même au Rwanda, Ndindabahizi est innocent ", a-t-il déclaré.

Il a ensuite allégué avoir été arrêté suite au "divorce" ,en 1998, avec le procureur à qui il avait auparavant régulièrement fourni des informations. Il n'a toutefois pas révélé les raisons de cette rupture.

Emmanuel Ndindabahiz répond de trois chefs D'accusation de génocide et crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis dans sa province natale de Kibuye (ouest du Rwanda).

Selon l'acte D'accusation, il s'y serait rendu à plusieurs reprises, entre avril et juillet 1994, pour inciter les Hutus à tuer les Tutsis.

Le procureur soutient que l'ex-ministre a distribué des armes aux tueurs, conduit des attaques en personne et ordonné des assassinats sélectifs.

Le procès a commencé le 1er septembre 2003. Quinze témoins du parquet et dix-huit de la défense ont été entendus en moins de deux mois. C'est l'un des procès les plus rapides du TPIR.

Le procès s'est déroulé déroulé devant la première chambre de première instance comprenant le juge norvégien Erik Mose (président), la Pakistanaise Khalida Rashid Khan et l'Ougandaise Solomy Balungi Bossa.

A la fin des débats, la juge Khan a demandé à Me Besnier pourquoi son client n'a pas quitté le pays durant le génocide, alors qu'il en a eu l'opportunité à l'occasion D'un voyage à l'étranger. l'avocat a indiqué que "ma réponse se résume en cinq mots : quatre enfants et une femme au Rwanda qui pris en otage".

La date du jugement sera annoncée en temps utile, a indiqué le juge président.

Ndindabahizi a été arrêté en Belgique le 12 juillet 2001 et transféré au TPIR.

Depuis sa création en novembre 1994, le TPIR a déjà condamné dix-huit personnes et acquitté trois autres. Me Besnier s'est beaucoup référé aux deux derniers acquittements, celui de l'ancien ministre André Ntagerura et de l'ex-préfet Emmanuel Bagambiki, le 25 février dernier.

ER/AT/GF/FH(NB''0302A)