06.02.2004 - TPIR/MILITAIRES - l'ARMEE RWANDAISE A PARTICIPE AUX MASSACRES DANS LA CAPITALE, SELON U

Arusha 6 février 2004 (FH) - Un témoin entendu vendredi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé que l'armée rwandaise a participé aux massacres dans la ville de Kigali, la capitale, et ses environs en 1994.

Dénommé "DCB" pour préserver son anonymat, le témoin, un ancien membre des ex-Forces armées rwandaises (FAR) témoignait à charge dans le procès dit " Militaires I" dans lequel comparaît le colonel Théoneste Bagosora, présenté par le parquet comme " le cerveau" du génocide.

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Selon DCB, des personnes ont été tuées par l'armée dans les quartiers de Remera et Kimihurura dans la ville de Kigali et à Rubilizi, dans les environs de la capitale. Le témoin a mis en cause des unités D'élite comme le bataillon de reconnaissance, le bataillon para- commando et la garde présidentielle (GP).

Le 39ème témoin de l'accusation a indiqué que même le premier ministre Agathe Uwilingiyimana a été tuée par des militaires. Agathe Uwingiyimana a été tuée à son domicile le 7 avril 1994 par des éléments du bataillon de reconnaissance et de la garde présidentielle, a-t-il affirmé.

Outre le premier ministre, l'armée a assassiné plusieurs autres personnalités, parmi lesquelles le président de la Cour constitutionnelle, Joseph Kavaruganda, a dit le témoin.

"J'ai reçu des informations selon lesquelles des personnalités avaient été tuées : Joseph Kavaruganda, Landoald Ndasingwa (ministre du travail et des affaires sociales), Félicien Ngango (qui devait être président l'assemblée nationale de transition) et Frédéric Nzamurambaho (ministre de l'agriculture)", a raconté DCB.

A la question de savoir pourquoi ces personnalités ont été tuées, il a répondu : " On disait que les membres de l'opposition étaient des alliés du FPR". Il a par ailleurs indiqué avoir vu de ses propres yeux la dépouille du ministre de l'information, Faustin Rucogoza, dans une tranchée à l'entrée du camp de la garde présidentielle à Kimihurura.

Le témoin a encore indiqué avoir vu, ce jour-là, le colonel Bagosora, en uniforme, entrer au camp de la garde présidentielle et se diriger vers le bureau du commandant. l'ex-commandant de la garde présidentielle, Protais Mpiranya, est recherché par le TPIR.

Le général canadien Roméo Dallaire, qui commandait la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), a déclaré le mois dernier devant le TPIR, que le 7 avril 1994, Bagosora présidait une réunion à l'Etat- major.

Le témoin a en outre affirmé avoir vu des miliciens Interahamwe entrer au bureau du commandant du camp de la garde présidentielle et en sortir avec des armes. "Ils étaient dans des véhicule pick-up et ne portaient pas D'armes quand ils sont entrés. A leur retour, ils étaient armés", a t-il déclaré.

En le contre- interrogeant, l'avocat martiniquais du colonel Bagosora, Me Raphaël Constant, lui a fait remarquer que sa déposition repose sur l'ouï-dire.

Bagosora comparaît avec l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, ainsi que l'ancien commandant du bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Accusés de génocide, crimes contre l'humanité et crimes guerre, tous plaident non coupable.

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par le juge norvégien Erik Mose et comprenant en outre le Russe Serguei Egorov et le Fidjien Jai Ram Reddy.

ER/SV/AT/GF/FH(Ml''0206A)