26.11.2003 - TPIR/NDINDABAHIZI - J’AI FAIT ARRETER DES MASSACRES DE TUTSIS, EXPLIQUE NDINDABAHIZI

Arusha, le 26 novembre 2003 (FH) – L’ancien ministre des finances sous le gouvernement intérimaire, Emmanuel Ndindabahizi, a déclaré mardi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qu’il avait fait cesser des massacres de Tutsis dans la cellule Gacharu, province de Kibuye, pendant le génocide.

Ndindabahizi 53 ans, répond de trois chefs de génocide et de crimes contre l'humanité portant sur des massacres de Tutsis dans cette région.

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Il plaide non coupable.

Ndindabahizi témoignait pour sa propre défense pour la deuxième journée consécutive. Il a expliqué à la chambre s’être arrêté à Gacharu pour voir sa soeur le 26 juin 1994, en route pour Kibuye. Il s’est ensuite rendu à Gitaka, où des gens l’auraient informé des massacres perpétrés à Gacharu.

Le suspect a déclaré avoir alors demandé à la foule de mettre fin aux massacres de Tutsis. « Vous ne devriez pas tuer des gens innocents,” aurait-il dit, avant d’ajouter que la foule aurait désigné des habitants des cellules voisines de Gacharu comme responsables de ces massacres.

Selon Ndindabahizi, un vieil homme se serait approché de lui et lui aurait demandé s’il devait tuer une femme qui se cachait. L’accusé lui aurait ordonné de laisser la femme tranquille.

Ndindabahizi a également expliqué avoir exigé d’un certain Augustin Karara de savoir pourquoi ces gens étaient tués. Il pensait que Karara était responsable de la cellule. Il aurait ensuite arrêté Karara, qui n’aurait pas répondu à sa question, et l’aurait conduit à la prison communale de GitesI Lors de sa déposition mardi, Ndindabahizi a également rejeté les allégations de plusieurs témoins à charge selon lesquelles il aurait encouragé la foule à tuer les Tutsis à Gacharu. « Ce que je leur ai dit : s’il vous plait, ne tuez pas », a expliqué Ndindabahizi.

Le conseil principal de l’accusé, le Français Pascal Besnier lui a en outre demandé s’il s’était rendu sur les collines de Gitwa et Bisesero entre avril et juin 1994. Il a répondu par la négative, précisant qu’il ne s’était rendu qu’à Gacharu et Kibuye.

Ndindabahizi a également nié s’être arrêté sur des barrages alors qu’il se dirigeait vers Kibuye. Des barrages avaient été érigés à Gaseke, Nyabahenge et Faye. “Je n’ai rencontré aucun barrage,” a t-il précisé.

Le parquet l’accuse d’avoir mené et participé aux attaques contres des Tutsis sur les collines de Gitwa et Bisesero entre avril et juin 1994. Il aurait également encouragé les responsables de barrages à tuer des Tutsis et leur aurait distribué des armes.

Le représentant du procureur, Charles Adegoun-Phillips, a brièvement entamé son contre-interrogatoire avant l’ajournement du procès, mardi. Mercredi étant férié en Tanzanie, le procès reprendra jeudi après-midi.

Le procès Ndindabahizi se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR présidée par le juge norvégien Erik Mose et comprenant en outre les juges Khalida Rachid Khan (Pakistan) et Solomy Balungi Bossa (Uganda).

CE/PJ/FH (NB1126A)