24.11.2003 - TPIR/MILITAIRES I - LA GARDE PRESIDENTIELLE AURAIT ATTAQUE UN CENTRE RELIGIEUX DE KIGAL

Arusha, le 24 novembre 2003 (FH) – Un témoin du parquet entendu par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a affirmé lundi que des éléments de la Garde Présidentielle ont pris d’assaut un centre religieux de Kigali en avril et juin 1994.

Le 30è témoin de l’accusation codé « DBJ » pour dissimuler son identité dépose dans le procès de quatre hauts gradés des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) en cours devant le TPIR depuis avril 2002.

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Le témoin a situé le premier incident au 8 avril 1994, déclarant qu’une attaque combinée des membres de la GP et des miliciens contre la Communauté
des Frères Joséphites, dont il faisait partie, s’était soldée par la mort de quatre-vingt réfugiés.

Un des militaires aurait exhibé sa carte d’identité pour se faire identifier devant les réfugiés. « Il a violé puis tué une jeune fille Tutsie », a
allégué DBJ, précisant avoir été témoin oculaire de l’événement. Il n’a pas en revanche cité le nom de ce militaire.

La deuxième attaque, survenue le 7 juin selon le témoin, aurait été opérée à la suite d’un communiqué radiophonique lancé le même jour par l’ex-préfet de
Kigali, Tharcisse Renzaho. Le responsable administratif aurait appelé les assaillants à débusquer des Inyenzi’ (terme péjoratif désignant les Tutsis)
cachés au centre.

Répondant à cet appel, militaires et miliciens auraient alors envahi le centre religieux, « tuant par balles ceux qui s’y trouvaient ». Cinq Frères,
dont le témoin lui-même, et quatre réfugiés, auraient survécu à cette attaque.

Tharcisse Renzaho est détenu au TPIR depuis le 30 septembre 2002. Poursuivi notamment pour génocide et crimes contre l’humanité, son procès n’a pas
encore commencé.

Tout au long des massacres à grande échelle qui ont duré une centaine de jours, le Frère rescapé aurait été muté dans plusieurs autres centres
religieux de Kigali. Il sera, selon ses dires, sauvé par le FPR (Front Patriotique Rwandais, l’ex-rébellion à dominante Tutsie) quelques jours
seulement avant la chute de Kigali, en juillet.

Le procès des militaires concerne l'ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, considéré par le parquet comme
"cerveau du génocide", l'ancien responsable des opérations militaires à l'Etat major de l'armée, le général de brigade Gratien Kabiligi, l'ancien
commandant de la région militaire de Gisenyi (ouest du Rwanda), le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva, ainsi que l'ancien commandant du
bataillon para-commando de Kanombe (Kigali), le major Aloys Ntabakuze.

Les quatre officiers supérieurs sont accusés d’avoir planifié et mis en exécution le génocide anti-Tutsi de 1994. Ils sont également tenus
responsables des actes qu’auraient commis des militaires subalternes, même ceux ne relevant pas directement de leurs unités. Tous plaident non
coupable.

Lors du contre-interrogatoire, Me Paul Skolnik, co-conseil canadien de Bagosora, s’est étonné que le témoin ne soit pas en mesure de donner le nom
du soldat qui aurait violé la jeune fille, alors qu’il se serait présenté avant de commettre l’acte.

L’avocat a par ailleurs soutenu qu’il est étrange que le témoin ait survécu pendant trois mois sans se faire identifier par des gens dont le critère de
sélection des victimes était la carte d’identité. A ce sujet DBJ a répondu qu’il se faisait passer pour un Hutu « grâce à mes traits physiques ».

Le procès se déroule devant la première chambre de première instance du TPIR, présidée par le juge norvégien Erik Mose, assisté des juges russe
Serguei Egorov et fidjien Jai Ram Reddy.

Le contre-interrogatoire de DBJ se poursuivra mardi.
GA/CE/FH (ML’1124A)